La mauvaise passe de l’édition

8 03 2007

Le secteur de l’édition française a enregistré en 2006 ses plus mauvais résultats depuis quinze ans. Et ce, malgré une production toujours plus abondante.

Pour la deuxième année consécutive, les ventes de livres (en valeur) sont en chute. En 2005, l’érosion n’avait déjà été que de 0,5%. Le dernier exercice a vu le chiffre d’affaires global s’affaisser un peu plus : 1,5% de baisse, dont 4,5% au cours du dernier trimestre, le plus important.

Le volume des ventes a quant a lui enregistré un recul de 3%, alors que l’offre, pléthorique depuis une dizaine d’années, a encore progressé de 8,5%. Mécaniquement, le tirage moyen ne cesse de s’effondrer : en quinze ans, il s’est effondré de 25% (de 10 000 exemplaires par titre en moyenne à 7500).

Certes, les difficultés actuelles du secteur de l’édition sont sans commune mesure avec celles de l’industrie du disque et du cinéma, violemment ébranlés par le téléchargement illégal. Les défauts structurels du marché du livre suscitent néanmoins de nombreuses inquiétudes. La richesse et la variété de l’édition sont en effet mises à mal par le phénomène de concentration industrielle, qui permet aux principaux groupes (Hachette Livres et Editis en tête) de s’arroger une part substantielle du marché.

Lagardère domine… et élimine

Ainsi, les douze poids lourds du secteur (sur les 150 principaux groupes ou maisons d’édition) engrangent près des trois quarts du chiffre d’affaires total (soit 4 milliards d’euros), en ne produisant que 40% des titres édités.

Ces conglomérats dominent le marché grâce à une politique de livres commerciaux (ouvrages scolaires, best-sellers, prix littéraires, ouvrages pratiques, etc…) bénéficiant d’une matraquage médiatique considérable. La maison-mère d’Hachette Livres (près d’un quart du CA de l’édition française) n’est autre que Lagardère, premier éditeur de magazines au monde, et acteur majeur de l’audiovisuel français…

Cette concentration aboutit à une standardisation des produits, à une massification de l’offre et à un apauvrissement qualitatif. Les meilleurs livres, édités par des maisons spécialisées, sont noyés dans le flot des sorties (à titre d’exemple, 683 titres sont parus à la rentrée littéraire de septembre 2006 !).

Signe des temps à la fois révélateur et inquiétant : l’essor des grandes surfaces (Fnac, Virgin, hypermarchés) au détriment des librairies, qui ne vendent plus qu’un livre sur cinq… Ces mêmes librairies qui constituent depuis toujours le pilier essentiel des éditeurs et auteurs de faible renommée.

Autre motif d’inquiétude pour les libraires : l’explosion des ventes en ligne (+25% en un an selon une récente étude de Livres-Hebdo).

Johann Harscoët

Sources: Livres Hebdo, Syndicat national de l’Edition, Le Monde, Le Monde diplomatique.





Le rôle controversé des fonds d’investissements

29 01 2007

Les fameux hedge funds ont procédé en 2006 à des acquisitions records. Ces nouveaux acteurs de l’économie mondiale suscitent toutefois beaucoup de réserves et d’inquiétudes.

 

Très décriés depuis dix ans, les fonds d’investissements font désormais partie du paysage boursier et jouent un rôle prépondérant dans l’activité économique. Leur stratégie consiste à acquérir des sociétés en ayant recours à l’endettement (jusqu’à 80%), les gérer au mieux et les revendre quelques années plus tard en dégageant une plus-value afin de rémunérer leurs actionnaires. OPA, puis retour en bourse, sont l’alpha et l’omega de ces entreprises d’un nouveau genre. Emploi, développement, synergies sont loin d’être prioritaires. Les fonds d’investissements ne sont rien d’autre que le symbole du capitalisme triomphant.

2006 a été marqué par de gigantesques opérations de LBO (rachat par endettement avec effet de levier), dont la plus retentissante fut l’acquisition par Blackstone du principal promoteur immobilier américain (36 milliards de dollars, un record là aussi, qui dépassait celui de l’été dernier : le rachat par plusieurs fonds – dont KKR et Bain Capital -, d’une chaîne privée d’hôpitaux américains). En Europe, le montant des investissements opérés l’an dernier par les hedge funds a atteint 235 milliards d’euros. Un record.

 

Vers une explosion ?

 

Très souvent, ces opérations se traduisent par de confortables plus-values pour l’actionnaire, ce qui pousse les fonds à prendre toujours plus de risques : les dernières acquisitions ont été réalisées sur la base de 10 fois l’excédent brut d’exploitation (contre 6 en 2003 et 4 en 2001).

Les capitaux gérés par des fonds d’investissement dans l’Union européenne ont quintuplé depuis douze ans et leur taux de croissance sera proche des 10% par an d’ici à 2010.

Les milliards d’euros disponibles et la concurrence exacerbée entre les investisseurs font flamber le prix des sociétés et par conséquent le volume des dettes de financement. Les économistes s’inquiètent désormais ouvertement de la formation d’une bulle financière.

Selon l’organisme britannique FSA (Finance Service Authority), “les niveaux actuels d’endettement et les développements récents du cycle économique” vont inévitablement provoquer “la défaillance d’une grande entreprise ou d’une myriade de petites entreprises rachetées par des fonds.»

La Banque centrale européenne s’inquiète de l’influence des fonds sur la stabilité du système financier, un rapport paraîtra d’ailleurs au printemps prochain.

Selon Philippe Matzowski, porte-parole du comité LBO (CGT), “la pression financière liée au remboursement de la dette d’acquisition est forcément préjudiciable à l’entreprise. Elle l’est pour l’emploi et pour l’investissement ».

En France, la grogne sociale a jusqu’à présent épargné les fonds d’investissement, propriétaires de plusieurs milliers d’entreprises françaises, mais elle prend de l’ampleur d’année en année.

 

Johann Harscoët





Le vaste chantier du SEPA

29 01 2007

Une petite révolution se prépare dans le secteur bancaire européen, avec la mise en oeuvre, d’ici 2010, d’une zone de paiement commune visant à simplifier les transactions dans la zone euro.

L’euro sonne dans le portefeuille des Européens de treize pays depuis cinq ans, mais le système bancaire accuse encore un certain retard dans l’organisation des paiements.

Le SEPA (single european payment area, zone de paiement européenne commune) va, dans les trois prochaines années, permettre aux particuliers et aux entreprises européennes d’effectuer leurs transactions intracommunautaires avec la même simplicité que les paiements nationaux.

L’Eurosystème, qui supervise cette mise en place, estime que tous les paiements de la zone euro deviendront, de fait, des paiements domestiques.

Cette gigantesque modernisation des instruments informatiques de paiements peut-être comparée au concept de hub (plateforme) existant dans les grands aéroports. Plus lisibles, plus rapides, moins complexes, moins coûteux, tous les flux financiers de la zone euro transiteront pas un même système informatique, auquel chaque banque devra se soustraire. Concrètement, les paiements par carte bleue effectués en dehors du pays de domiciliation ne seront plus taxés.

Cette harmonisation réduira considérablement les coûts, tant pour les particuliers que pour les entreprises et contribuera au dynamisme de la zone euro. Le long processus d’institution de la monnaie unique sera ainsi achevé.

La grogne des banquiers

La mise en oeuvre du SEPA, commencée en 2004, s’accompagne toutefois d’obstacles majeurs, liés à la crainte des banques de perdre une partie de leurs revenus et de leurs clients.

Les opérations de paiements représentent ainsi jusqu’à 50% du chiffre d’affaires de certains établissements. Pour des prestations similaires, les différences de tarifs constatées dans les banques s’échelonnent selon un ratio de 1 à 15.

Or, cette harmonisation permettra à chaque citoyen de la zone euro d’aller au mieux offrant, sans se soucier, comme c’était le cas jusqu’à présent, de l’origine de sa banque.

Selon une étude du World Payment Report, le manque à gagner pour le secteur bancaire se situera entre 18 et 29 milliards d’euros lors de l’entrée en vigueur du SEPA en 2010. Dans le même rapport, le WPR estime que 40% des établissements financiers ne seront pas prêts en 2010, alors que certaines banques pourront dès 2008 proposer à leurs clients de migrer vers ce nouveau système.

D’après Jeremy Payne, directeur commercial de Pegasystems, le secteur bancaire « est confronté à une double problématique d’accroissement des coûts et de perte de revenus. Non seulement il sera sans doute extrêmement coûteux de mettre en place des infrastructures de paiement conformes aux nouveaux systèmes de compensation et de règlement au sein de la zone Euro, mais il en résultera également une réduction d’une source majeure de revenus actuels. »

La sortie des infrastructures de paiement nationales, obsolètes, va obliger les banques à miser sur toujours plus de services pour affronter une concurrence de plus en plus rude.

Johann Harscoët





Quand les robots dépasseront l’homme

29 01 2007

L’intelligence artificielle fête son cinquantième anniversaire en fanfare. Ses limites n’étant pas encore connues, elle fascine les amateurs de robotique autant qu’elle effraie les humanistes.

 

Elle a connu un essor important pendant les années 1960 et 70, mais à la suite de résultats décevants par rapport aux budgets investis, son succès s’estompa dès le milieu des années 1980. Depuis, le développement d’internet a relancé le mouvement, avec des perspectives à la fois grandioses et effrayantes.

Les robots comptent peu à peu parmi les meilleurs amis de l’homme, en attendant de devenir leurs principaux ennemis, si, comme dans le film d’Alex Proyas, I Robot (réalisé en 2005, avec Will Smith), les humanoïdes s’affranchissent de leur statut d’esclaves en devenant totalement autonomes et capables de se reproduire.

Une description spectaculaire d’un possible avenir de l’intelligence artificielle a été faite par le professeur I. J. Good : « Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. La conception de telles machines faisant partie des activités intellectuelles, cette machine pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne de développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir. » Les perspectives de l’intelligence artificielle pourraient avoir des inconvénients, si par exemple les machines devenaient plus intelligentes que les humains, et finissaient par les dominer, voire les exterminer

Selon l’un de ses créateurs, Marvin Lee Minsky, l’intelligence artificielle se définit comme « la construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont, pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critique ».

Rien ne permet d’en conclure que l’apparition de machines intelligentes et conscientes soit impossible ou illusoire. Si cette démarche réussit, elle réfutera la spécificité de la pensée humaine. Ce serait une révolution. Pour le meilleur et pour le pire.

J.H.





La domotique prend son envol

29 01 2007

Avec le succès du robot-chien Aibo (Sony), un véritable phénomène au Japon, le marché de la domotique a connu une brusque accélération ces dernières années, et le plus impressionnant est à venir, notamment en Europe.

Ils parlent, ils rient, ils chantent, ils marchent, et ils font tout ce que l’être humain juge utile… de ne pas effectuer lui-même, comme le ménage par exemple. Les robots commencent seulement à faire parler d’eux, pour le meilleur et pour le pire, en investissant peu à peu notre quotidien, et se déclinent en tous types de modèle : baladeur pour chien, cuisinier, vigile, hôte d’accueil dans les gares ou encore tondeuse à gazon. Les tarifs sont désormais très accessibles, puisqu’ils se situent entre 200 et 600 FS.

«L’ère du robot domestique réservé à une poignée d’enthousiastes est révolue. La question n’est plus de savoir si vous aurez un robot chez vous, mais combien vous en aurez » assure Helen Greiner, présidente et cofondatrice de l’un des leaders du marché de la robotique domestique dont le nom évocateur est iRobot. Cette dernière a de quoi être optimiste, puisque son célèbre Roomba, un aspirateur robotisé et autonome, s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires. A peine plus large qu’une grande assiette, il se déclenche automatiquement et n’épargne pas les recoins poussiéreux ou les dessous de meubles. Son successeur, le Scooba, sortira très prochainement en Europe et fera également office de serpillère !

Succès de même ampleur pour le modèle Robosapien, commercialisé par le leader mondial des robots ludiques Wow-Wee, qui en a vendu 3 millions à 100 dollars pièce, alors que le coût de développement n’a été que d’un million de dollars. Alerte, émotif et plein de personnalité, Robosapien attend les ordres puis les enchaîne rapidement. Avec 35 cm de haut, le Robosapien est robuste, réaliste et divertissant, facilement programmable et dirigeable grâce à sa télécommande. Robosapien est le premier robot basé sur les sciences robomorphologiques, ce qui lui permet de se déplacer et de réagir comme un humain.

Pleo, le successeur d’Aibo sortira au deuxième trimestre 2007. Ce robot dinosaure de 30 cm pourra exécuter plus de 400 mouvements différents et exprimera toute une palette d’émotion au contact de son entourage.

Autre petite perle, le Jupiter, qui comprend 1000 mots, reconnaît la voix de son maître, pousse la chansonnette pour les enfants, et exprime différentes émotions. Quant au Robot AIC, il vous aide à faire la cuisine.

Quant au dernier né de l’industrie asiatique du robot, il se prénomme Ubiko et est destiné aux entreprises. Il reçoit des clients, montre des DVD, surveille les couloirs d’une école, porte des valises, guide dans les hopitaux et travaillera prochainement dans un magasin de CD comme vendeur…

Mais le plus incroyable, le plus époustouflant de tous, est assurément le Geminoid, mise au point par Hiroshi Ishiguro, professeur à l’université de Osaka et chercheur au laboratoire de robotique d’ATR (Advanced Telecommunications Research Institute international). Ce robot humanoïde vous permet, en cas d’indisponibilité, de vous représenter à une conférence à l’autre bout du monde : il s’agit ni plus ni moins de votre double, à la ressemblance saisissante.

Un nouvel eldorado

Pour l’heure, les scientifiques s’efforcent d’inventer de nouveaux compagnons domestiques, inoffensifs et sympathiques. Le marché est immense, notamment en raison des besoins grandissants d’assistance à domicile liés au vieillissement démographique (en Europe, un quart de la population aura plus de 65 ans en 2020). Les tarifs et les modes d’utilisation tendent donc à se démocratiser. La dernière étude du cabinet Américain Parks Associates Research a ainsi indiqué que “le marché mondial des services de santé dans la maison numérique devrait atteindre 2,1 milliards de dollars en 2010.”

Les grandes entreprises d’informatique et de télécommunications ne cachent plus leur intérêt pour ces nouveaux objets communicants mobiles allant de l’accompagnement psychologique à la télésurveillance médicale. Le constructeur automobile Toyota s’est ainsi lancé dans ce secteur en espérant appliquer certaines techniques d’intelligence artificielle dans ces véhicules.

La nouvelle tendance des fabricants est de permettre aux propriétaires de robots de programmer personnellement ces assistants des temps modernes selon leurs desiderata. L’arrivée de Microsoft sur ce marché annonce la possibilité prochaine de télécharger sur internet des modules prêts à l’emploi, permettant d’adapter le comportement du robot à ses propres besoin.

Dans le même ordre d’idée, la firme Lego travaille à la fabrication de robots programmables via micro-ordinateur, et les acteurs du secteur ouvrent désormais le code source de leurs machines pour permettre aux utilisateurs expérimentés de personnaliser à souhait les faits et gestes de serviteur personnel. La boite de Pandore est-elle ouverte ?

Johann Harscoët





Euro fort : comment la France s’est isolée

6 12 2006

Le gouvernement français s’inquiète de la vigueur de la monnaie unique et voit d’un mauvais oeil une nouvelle hausse des taux d’intérêt par la BCE, prévue ce jeudi. Ses partenaires européens ne partagent pas son avis.

Alors que l’euro vient d’atteindre ses plus hauts sommets face au dollar (depuis vingt mois) et au yen, l’inquiétude de la France n’a suscité, au mieux, que des réactions d’indifférence polie de la part de ses partenaires européens, y compris l’Italie qui connaît pourtant, comme la France, des difficultés en matière de compétitivité.

Guère plus de soutien du côté des analystes : l’économiste en chef de l’OCDE Jean-Philippe Cotis, d’ordinaire très critique vis-à-vis de la politique monétaire de la BCE, estime souhaitables de nouvelles hausses des taux d’intérêt jusqu’en 2008. Patrick Artus, chef économiste de Natixis, a de son côté ironisé sur les peurs françaises en imaginant une politique monétaire européenne indexée aux habitudes américaines : “La Réserve fédérale accorde beaucoup plus de poids que la BCE au cycle économique réel ; si elle était en charge de la zone euro, elle pratiquerait aujourd’hui des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que la BCE (avec la baisse du chômage).” De son côté, Eric Chaney, de la banque Morgan Stanley, a fixé à 1,45 dollar (contre 1,33 actuellement) le seuil à partir duquel la situation devriendrait inquiétante. En 2007, au rythme de hausse actuel, la croissance du PIB pourrait n’être réduite “que” de 0,3 %.

Jérémiades et alibi

Même unanimisme dans la presse hexagonale : Les Echos dénoncent les “jérémiades” françaises, alors que Libération ne voit dans les inquiétudes françaises qu’un “alibi pour une croissance à plat.”

Les deux raisons principalement évoquées par le gouvernement français pour justifier la lutte contre l’euro fort, sont, il est vrai, sujettes à caution : les difficultés d’Airbus sont dues en grande partie à des dysfonctionnements internes, et le bonnet d’âne de la France en matière d’exportations est d’autant plus critiquable que le voisin allemand est le leader mondial en la matière depuis 2003, avec la même monnaie.

La position française, très critiquée donc, n’est pas nouvelle : depuis la naissance de la monnaie unique, en 1999, la deuxième puissance économique de la zone euro a toujours été favorable à une monnaie faible pour développer en priorité la croissance et l’emploi.

La récente hausse de l’euro, qui s’explique surtout par la dépréciation du dollar (La Voix du Luxembourg du 4 décembre) et du yen, a été l’occasion pour le gouvernement français de réaffirmer sa priorité : faire redémarrer l’activité – suite notamment à la stagnation de la croissance constatée au troisième trimestre (0%) -, pour présenter une situation économique acceptable lors des échéances électorales du printemps prochain.

Johann Harscoët





Votre marché de Noël sur les blogs

28 11 2006

Dix-neuf Européens sur vingt considèrent les courses de Noël comme une corvée. Les achats en ligne gagnent donc du terrain, et les blogs deviennent d’excellentes boites à idées.

Le brave Père Noël est dépassé par les événements : depuis quelques années, le nombre de cadeaux offerts ne cesse d’augmenter (entre neuf et dix-huit par ménage, avec un budget moyen de 662 €)… pour le plus grand plaisir des adultes, qui sont désormais plus gâtés que les enfants. La dernière étude du cabinet Deloitte indique en effet qu’en Europe, deux cadeaux sur trois sont destinés aux adultes.

Plus surprenant encore, les époux reçoivent les cadeaux les plus chers, et se trompent régulièrement sur leurs choix pour leurs épouses : ces dernières espèrent généralement se voir offrir des bijoux, et même des voyages, mais elles doivent se contenter… de DVD, de CD ou de livres, qui feront également le bonheur de monsieur. Calculateurs, les hommes ? En tout cas, ils gagnent sur tous les fronts puisque les cadeaux les plus offerts à leur(s) fils sont des jeux vidéos, dont eux-mêmes sont souvent friands.

Forcément, et toujours d’après l’enquête de Deloitte (réalisée auprès de 5000 Européens), le manque de cadeaux innovants se fait sentir, alors que parallèlement, et de façon paradoxale, les consommateurs ont toujours plus de choix, notamment avec la démocratisation d’internet, cette véritable caverne d’Ali Baba.

Ce manque d’imagination et de diversité dans le choix des cadeaux se traduit par les statistiques suivantes : 40% des Européens ne savent pas ce qu’ils vont acheter à Noël, et surtout, 94% d’entre eux considèrent désormais les courses de fin d’année comme une véritable corvée. Bousculades, files d’attente, hésitations, budget : le mois de décembre ressemble en effet de plus en plus à un parcours du combattant.

Résultat, les commerçants multiplient les initiatives pour attirer le chaland dès le mois de novembre. Et les achats en ligne ne cessent de gagner du terrain : en Europe de l’Ouest, près d’un consommateur sur deux commandera des produits sur le web, qui est de plus en plus utilisé comme une boite à idées, puisque 80% consultent internet pour rechercher, étudier et comparer des produits (leux prix notamment).

Les sites de e-commerce les mieux établis (ebay, cdiscount, leguide.com, fnac.com etc…) permettent de TOUT trouver au meilleur prix dès lors qu’on a une idée précise de ce que l’on veut acheter. Mais c’est désormais sur les blogs que l’on déniche les cadeaux originaux et innovants, et qu’on sort des sentiers battus pour redécouvrir le plaisir d’offrir en ayant la possibilité d’en savoir un maximum sur les produits, notamment grâce au dialogue avec les autres internautes (dans les commentaires).

Le succès de Zlio, cette plateforme permettant de créer sa boutique en ligne et de gagner de l’argent… sans vendre quoi que ce soit sinon ses connaissances sur tel ou tel domaine, prouve que les blogs conso ont de l’avenir.

Sélection de blogs
Oublions un instant les cadeaux destinés aux enfants, qui sont satisfaits dès lors qu’ils ont les mêmes jeux vidéos, chaussures de sport ou poupées que leurs camarades de récréation, et furetons du côté de ces blogs tenus par des passionnés, qui vendent (un peu) et conseillent (beaucoup) en renvoyant vers des petits fabricants, commerçants ou artistes. Sélection subjective et non exhaustive des blogs les plus en vue dans les domaines de la Mode, du design et de l’art.

Pekblog : tenu par un étudiant de Genève, ce blog est consacré entre autres aux dernières innovations dans les domaines du graphisme, de l’art, du design, de la photo, des t-shirts ou de la mode. www.pekride.com

Bientôt Demain: une sélection d’objets design, créés par des artistes en vue, avec une préférence affichée pour le rétro et les matériaux recyclés. www.bientotdemain.com

I Love Shoes : conseils et sélection de chaussures pour vous mesdames. www.iloveshoes.fr

Le blog shop : blog collaboratif abordant tous les domaines de la conso et du luxe. Une référence. www.leblogshop.com

Be Snob : comme son nom l’indique, besnob est une plongée ironique dans l’univers “tape-à-l’oeil”. www.besnob.fr

Le journal du geek : les dernières innovations dans le domaine de la high-tech. www.journaldugeek.com

Caroline Daily : la mode pour femmes, sillonnée par une journaliste indépendante de Cosmopolitan, Jeune & Jolie, Closer, etc… www.carolinedaily.com

Comme un camion : le site idéal pour relooker votre compagnon en mal d’imagination. www.commeuncamion.com

Bijoux de perles : tenu par une créatrice passionnée, qui se consacre intégralement à la fabrication de bijoux de perles. www.blog.aufeminin.com/blog/see_79277_1/mes-bijoux-de-perles

Trendsnow : revue des créations les plus tendances, notamment dans le mobilier design. www.trendsnow.net/

Mode et chemises : chemises de marques ou de créateurs, classiques ou hype. www.chemises.typepad.com

Chic Type : les meilleurs modèles de vêtements pour hommes, très tendance. www.chictype.fr

Le blog du vintage : une plongée dans l’univers des collectionneurs, dans de nombreux domaines (cinéma, décoration, vêtements, musique, etc…) www.gribouille.over-blog.com/

Pour élargir vos recherches de blogs thématiques, visitez le site spécialisé Technorati (en anglais).

Johann Harscoët





Air France – KLM : Alitalia en vue

24 11 2006

La première compagnie aérienne d’Europe va entamer des discussions avec le Transalpin Alitalia, dans le cadre d’une fusion à hauts risques.

Alitalia

Air France – KLM affiche une santé financière insolente. Le groupe franco-néerlandais, leader mondial en termes de chiffre d’affaires, a publié jeudi ses résultats semestriels, qui parlent d’eux-mêmes : un CA en hausse de 10,3% (11,9 milliards d’euros), un résultat net en progression de 50,7 % (618 millions d’euros), ainsi qu’un troisième trimestre flamboyant (374 millions d’euros de profits).
Des chiffres flatteurs, mais insuffisants selon les investisseurs : le cours de la compagnie a dévissé de 6,5 % jeudi, par rapport à des gains moins importants qu’espérés donc, mais surtout en raison de l’annonce faite par le président Jean-Cyril Spinetta concernant l’ouverture de “discussions exploratoires” avec la compagnie italienne Alitalia.

Cette dernière, qui est détenue à 49,9% par l’Etat italien, n’a guère le choix. Sur les dix dernières années, elle a été huit fois déficitaire, malgré plusieurs recapitalisations d’un montant total de 5 milliards d’euros depuis 1990. Elle a perdu 167 millions d’euros en 2005, et chutera encore plus bas en 2006. Pour obtenir un sursis supplémentaire, elle devra se séparer de 200 pilotes (10% de son effectif), et retirer une vingtaine d’avions de sa flotte.

Une compensation politique ?

Pour Air France – KLM, un rapprochement coûterait quelque 2,3 milliards d’euros (1,5 milliards pour le rachat, ainsi qu’un milliard supplémentaire pour les dettes). L’opération est faisable, si l’on considère les 4,5 milliards d’euros de réserve disponible dans la trésorerie du mastodonte.

L’élément déterminant des négociations pourrait se situer à un niveau politique : le gouvernement français a une dette vis-à-vis des italiens suite au “mariage interdit” entre l’électricien italien Enel et le français Suez, qui avait été repoussée au profit de la patriotique fusion avec GDF.

Jacques Chirac et Romano Prodi se sont d’ailleurs rencontrés ce vendredi, et n’ont officiellement pas évoqué la question d’Alitalia. La veille pourtant, le chef du gouvernement italien avait émis le souhait de “connaître les vraies intentions d’Air France”. “Veut-elle créer un grand groupe européen de transport aérien dans lequel l’Italie ait aussi sa place, ou simplement s’emparer du marché italien du transport aérien, qui est très riche ?” Lors de la conférence de presse commune, vendredi après-midi, le président du Conseil italien a estimé que le report de la fusion Suez-GDF pourrait permettre la reprise de discussions avec Enel. Comme pour mieux faire valoir les intérêts d’Alitalia…

Johann Harscoët





L’Afrique reprend des couleurs

22 11 2006

Bien que la situation demeure catastrophique dans de nombreux pays du Continent noir, les résultats économiques de l’Afrique sont plus encourageants que jamais. Le partenariat avec la Chine y est pour quelque chose.

L'Angola devient le premier fournisseur de pétrole de la Chine

Dans ses « Perspectives économiques » livrées au printemps dernier, l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) notait que « pour la plupart des pays africains, l’avenir semble plus favorable qu’il ne l’a été depuis longtemps. »

A l’exception du Zimbabwe, de la Côté d’Ivoire, du Soudan ou de la République démocratique du Congo, rongés de l’intérieur, et complètement à la dérive, l’Afrique a bénéficié en 2006 d’une croissance soutenue (+5,8%), d’une inflation maîtrisée (+7,9%), de soldes budgétaires positifs (6,4 % du produit intérieur brut – PIB 2005) et d’un excédent commercial considérable (6,3 % du PIB).

Mieux, toutes les zones géographiques sont concernées : l’Afrique du Nord enregistre les meilleures performances (+ 6,3 % en 2006), alors que l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale ne sont pas en reste (respectivement 5,3% et 5% de croissance), malgré des conflits régionaux qui n’en finissent pas et des conditions climatiques qui ne s’améliorent pas avec le réchauffement de la planète et les difficultés grandissantes d’approvisionnement en eau.

La flambée des cours du pétrole et des matières premières constitue évidemment la première source de profits, à plus forte raison depuis que la Chine a jeté son dévolu sur les ressources du continent qui compte le plus de pays en voie de développement.

 

En 2005, “l’atelier du monde” a ainsi importé près d’un tiers de son pétrole brut d’Afrique (soit 38,4 millions de tonnes, dont près de la moitié en provenance de l’Angola, qui vient d’ailleurs de détrôner l’Arabie saoudite comme premier fournisseur de brut).

Il n’est donc guère étonnant que les échanges commerciaux sino-africains aient décuplé au cours des dix dernières années (50 milliards de dollars en 2006), avec en tête des partenaires l’Afrique du Sud, premier importateur africain de produits chinois, suivi du Nigeria, de l’Egypte et de l’Algérie.

L’Europe perd de son influence

Lors du récent forum de coopération, l’historique déclaration de Pékin, couplée au plan d’action 2007-2009, a donné lieu à la signature de nouveaux contrats d’une valeur de 1,9 milliard de dollars. La Chine va aussi doubler son aide financière d’ici 2009, accorder des prêts à taux préférentiel d’un montant de trois milliards de dollars, et effacer tous les prêts à taux zéro arrivés à échéance en 2005 des pays africains les plus endettés. 440 produits (contre 190 actuellement), seront également exemptés de douane.
Sur le terrain, la Chine va former 15 000 professionnels africains aux techniques agricoles, construire dix centres spécialisés dans l’agriculture, financer une trentaine d’hôpitaux, débloquer 37,5 millions pour lutter contre la malaria, ou encore doubler le nombre de bourses destinés aux étudiants africains. Le président Hu Jintao a également promis une enveloppe de cinq milliards de dollars pour favoriser l’implantation de sociétés chinoises en Afrique.

Dans le même temps, la Chine va investir dans le secteur le plus nécessiteux, les transports, avec notamment la construction de cinq nouvelles plates-formes portuaires. Routes, ponts, chemins de fer, ports ont trop souvent été confiés à des services publics peu efficaces, voire médiocres. Or, les infrastructures conditionnent le développement durable de l’économie.

Toutes ces mesures visent à renforcer un partenariat qui a tous les aspects d’un plan Marshall : l’Afrique fournit les matières premières, et consomme en échange des produits chinois. Autrement dit, comme le résume He Wenping, chercheur à l’Académie des sciences sociales de Pékin, « la Chine et l’Afrique ont besoin l’une de l’autre ».

Contre toute attente, c’est bien dans le domaine diplomatique que le rôle de la Chine pourrait avoir le plus de répercussions : Pékin exhorte les pays occidentaux à augmenter leurs aides au continent le plus pauvre, et réclame en parallèle un renforcement de l’influence de l’Afrique au sein de l’ONU.

L’émergence de nouveaux partenaires du Sud, la Chine donc, mais aussi l’Inde et le Brésil, libère peu à peu l’Afrique du joug occidental, et tout particulièrement de l’Europe. Le Vieux Continent représente encore près d’un tiers du commerce africain, mais sa position s’est considérablement érodée depuis le début des années 90, où il en assurait près de la moitié. La question africaine va d’ailleurs revenir à l’ordre du jour du prochain sommet du G8, en allemagne, en juin 2007.

Dans un entretien publié fin octobre dans Les Echos, le président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz reprochait à la Chine de financer des projets africains sans se soucier de leurs retombées écologiques et sociales. Le régime de Hu Jintao se montre en effet peu regardant sur le profil de certains gouvernants agricains (Soudan et Zimbabwe notamment) en matière de droits de l’homme et de rigueur budgétaire. A tort ou à raison, l’occident s’inquiète de voir des années d’efforts réduites à néant par l’irruption d’un néo-colonialisme.

Le chemin menant les pays africains vers l’Objectif du Millénaire (fixé par l’Organisation des Nations Unies en 2000) est donc encore long et parsemé d’embûches. Seuls Le Maroc, l’Île Maurice, la Tunisie, l’Egypte, la Libye et l’Algérie ont réduit de moitié le nombre d’habitants vivant avec moins d’un dollar par jour.

Johann Harscoët





Les jeux vidéos plus forts que tout

2 11 2006

Le marché mondial des jeux vidéos a récemment dépassé celui du cinéma et de la musique. Et il n’est pas prêt de s’écrouler…

Le jeu vidéo est un secteur à part. Bien qu’il n’ait pas le même rayonnement médiatique que le cinéma, la musique ou la littérature, et qu’il soit beaucoup plus récent, il pèse déjà plus lourd d’un point de vue économique. Mieux, ses adeptes sont relativement jeunes (33 ans en moyenne aux Etats-Unis) : les fabricants de consoles et les éditeurs de jeux peuvent donc compter sur d’alléchantes perspectives, régulièrement confirmées par des études qui prévoient une croissance massive des ventes dans les prochaines années.

Le président de l’Entertainment Software Association, Douglas Lowenstein, ne s’y est pas trompé dans une interview donnée au magazine The Economist, en 2005, alors que le marché accusait une baisse très exceptionnelle :

“L’industrie du jeu vidéo entre dans une nouvelle ère, une ère où l’union de la technologie et de la créativité va donner naissance à l’un des divertissements les plus époustouflants du XXIe siècle. Dans quelques décennies, les historiens constateront que la notion de divertissement a définitivement changé dans la période que nous vivons actuellement.”

Le jeu vidéo est à la croisée des chemins, après une vingtaine d’années de croissance ininterrompue, dominées par les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. Le secteur est arrivé à maturité par rapport à ce qui était jusqu’à présent possible, mais le développement du numérique, de la téléphonie mobile et d’internet ouvre les portes d’un nouveau monde, un monde virtuel ressemblant de plus en plus au monde réel, pour le plus grand plaisir des fanatiques.

Le désir d’une seconde vie

Les progrès conséquents de l’intelligence artificielle – permettant par exemple d’analyser les émotions -, la création de scénarios de plus en plus complexes et diaboliques, l’émulation de la compétition des différents championnats disputés en réseau, la modélisation psychomotrice des joueurs – qui pourrait bientôt reléguer les manettes au placard -, ou encore la possibilité de jouer sur son mobile, sont autant d’éléments incitant au rêve.

Celui d’une vie parallèle et virtuelle autrement plus excitante que la réalité, au risque d’être “déconnecté”. Le concept de Second Life, cette espace virtuel (www.secondlife.com) permettant aux participants de s’inventer une autre vie, en dit long sur le désir des individus de naviguer dans un monde où la mort n’existe pas.

Par ailleurs, la fragmentation des audiences des grands médias ouvre la possibilité pour les éditeurs d’insérer des publicités toujours plus chères dans le décor. La réduction des coûts de production liées à la distribution en ligne des jeux est un autre élément incitant à l’optimisme.

Le marché des jeux vidéos devient tellement stratégique que de nouvelles concessions fiscales destinées aux éditeurs devraient prochainement être étudiées à la Commission européenne.

Johann Harscoët