Alors que le marché du téléchargement légal de musique peine à décoller, les grandes maisons de disques pourraient prochainement se résoudre à abandonner les DRM (la technologie de protection).
2007 pourrait bien être l’année d’un tournant majeur dans le domaine du téléchargement, avec la fin probable des verrous numériques des produits musicaux vendus en ligne.
La mise en place des DRM (digital rights management) coûte très cher aux majors, et a surtout le singulier défaut de brider l’essor du téléchargement légal. Une étude publiée par Jupiter Research sur le marché de la musique en Europe indique que 62% des acteurs de l’industrie du disque en Europe estiment qu’une suppression des verrous numériques permettrait un meilleur développement du téléchargement légal.
Le plus célèbre d’entre eux est le PDG d’Apple Steve Jobs, dont l’iTunes Store est la première boutique de musique en ligne. Son appel en faveur de l’abandon des DRM, en début d’année, n’est évidemment pas passé inaperçu. Tout comme les nombreuses critiques du patron de la FNAC, Denis Oliviennes : “Globalement, les gens achètent deux fois plus de musique en ligne si elle est sans DRM ! Depuis des années, les majors campent sur des positions myopes et courtermistes, en sous-estimant les nouveaux modes de consommation de la musique via le téléchargement et en refusant de comprendre que leurs positions inflexibles les ont amené dans le mur”.
Ventes physiques : 40% de baisse en quatre ans
En France, les ventes physiques de disques ont baissé de 11,8 % en 2006, à 1,287 milliards d’euros. La baisse atteint 40% sur quatre ans. Le téléchargement payant a encore progressé de 45%, à 23 millions d’euros. Selon le SNEP, “la croissance des ventes détail en téléchargement (+17 millions d’euros) ne compense pas la perte de chiffre d’affaires des ventes physiques (-172 millions d’euros)”.
Les grandes maisons de disques semblent décidées à changer leur fusil d’épaule, si l’on en croit les récentes déclarations des dirigeants du secteur. “Face aux difficultés actuelles, nous ne pouvons ignorer aucune piste”, a déclaré Jean-François Cecillion, patron d’EMI Music France. Son concurrent d’Universal, Pascal Nègre, a de son côté affirmé suivre de “très près” l’évolution des ventes de disques en MP3, c’est-à-dire libres de toute protection et téléchargeables à l’envi.
A vrai dire, les grandes maisons de disques n’ont guère le choix : la concurrence de plus en plus forte des labels indépendants, qui vendent leurs produits sans DRM, est un argument imparable.
Le principal défaut des DRM concerne l’absence de compatibilité entre les différents supports de lecture. Ainsi, une musique achetée sur iTunes ne peut être écoutée que sur un iPod… A l’inverse, les morceaux achetés sur d’autres services ne peuvent être transférés sur un iPod. L’abandon des DRM en faveur du format ouvert MP3 favoriserait l’interopérabilité et provoquerait probablement une explosion du digital… au risque d’entraîner une hausse du téléchargement illégal.
Johann Harscoët
Sources : Snep (syndicat national de l’édition phonographique), Ratiatum, Le Monde, Libération, Wall Street Journal.









