Nicolas Bouzou, économiste au cabinet d’études Asteres
Comment analysez-vous ces deux replis des places financières en quinze jours seulement ?
Le premier décrochage boursier résultait notamment des mesures fortes décidées par le gouvernement chinois pour faire avancer l’économie. La capitalisation boursière de Shanghaï a plus que doublé en 2006, et la volonté de Pékin de lutter contre les excès spéculatifs a logiquement provoqué ce reflux brutal. Cette chute de la bourse de Shanghaï n’était pas inquiétante en soi, moins en tout cas que la réaction des marchés boursiers, qui traduit une certaine nervosité liée au ralentissement économique des Etats-Unis.
Les mouvements de panique qui s’emparent des places financières ne dénotent-ils pas une certaine fragilité ?
Les marchés financiers sont toujours en surréaction. Ils ont des comportements mimétiques et on ne peut rien y changer. Un marché boursier, c’est instable par nature. Après une longue période d’augmentation, ils sont en train de remettre leurs compteurs à zéro et de réévaluer le risque d’une croissance mondiale qui sera moins forte que l’an dernier. Les marchés boursiers vont encore perdre du volume, à hauteur de 10%, mais cela ne devrait pas entraîner de récession économique. Trois événements simultanés expliquent la correction actuelle : la baisse des bénéfices des grandes entreprises, les propos excessifs d’Alan Greenspan (ancien président de la réserve fédérale américaine), qui a évoqué le risque d’une récession, et l’éclatement de la bulle immobilière américaine qui pourrait se répercuter sur le système bancaire. Ce dernier cas est le plus inquiétant, car l’économie mondiale dépend beaucoup des consommateurs américains.
Les marchés sont-ils à l’abri d’un krach, par exemple en cas de crise géopolitique ?
Il y a deux grands risques. D’abord celui du terrorisme : la croissance dépend beaucoup de la libre circulation des hommes et des marchandises. Ensuite, celui d’une épidémie : en Chine, par exemple, les grandes agglomérations ne sont pas préparées à une crise sanitaire de grande ampleur, qui forcerait les autorités à fermer les frontières.
Ces risques existent, mais les marchés ont bien géré l’après-11 septembre, tout comme ils l’avaient fait après le krach de 1987. La fed peut facilement atténuer les effets d’une dépression en baissant les taux d’intérêt. Je ne crois pas à une crise économique mondiale.
J.H.
REPERES
Trois crises majeures en vingt ans
Le “black monday” de 1987
En octobre 1987, le dollar est faible et l’économie américaine en pleine croissance. Un décalage surprenant entre le niveau élevé des taux d’intérêt et la valeur des actions prépare les conditions de la rupture. Le 19 octobre, l’annonce du creusement du déficit commercial américain et le relèvement des taux directeurs de la Bundesbank provoque l’agitation. A Wall Street, l’indice Dow Jones perd 22,6% de sa valeur et entraîne la majeure partie des places financières dans sa chute. La Fed réagit rapidement en injectant des liquidités, comme elle le refera en 2001
La crise asiatique de 1997
Au terme d’une longue période d’afflux de capitaux étrangers, les créanciers délaissent peu à peu la région.
Le 2 juillet 1997, la Thaïlande laisse flotter le baht, et entraîne dans sa chute l’Indonésie, les Philippines et la Malaisie, puis la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour. Un grand nombre de banques et d’entreprises locales, déjà endettées, deviennent insolvables. L’aide du FMI contribuera à redresser l’économie asiatique.
Le 11 septembre 2001
Seize mois après l’éclatement de la bulle internet, les Etats-Unis sont frappés au coeur par des attentats islamistes. La vigueur et la rapidité de la réaction de la Réserve fédérale américaine permet de limiter les conséquences de l’attaque terroriste, mais n’empêche pas la récession.









