Le secteur de l’édition française a enregistré en 2006 ses plus mauvais résultats depuis quinze ans. Et ce, malgré une production toujours plus abondante.
Pour la deuxième année consécutive, les ventes de livres (en valeur) sont en chute. En 2005, l’érosion n’avait déjà été que de 0,5%. Le dernier exercice a vu le chiffre d’affaires global s’affaisser un peu plus : 1,5% de baisse, dont 4,5% au cours du dernier trimestre, le plus important.
Le volume des ventes a quant a lui enregistré un recul de 3%, alors que l’offre, pléthorique depuis une dizaine d’années, a encore progressé de 8,5%. Mécaniquement, le tirage moyen ne cesse de s’effondrer : en quinze ans, il s’est effondré de 25% (de 10 000 exemplaires par titre en moyenne à 7500).
Certes, les difficultés actuelles du secteur de l’édition sont sans commune mesure avec celles de l’industrie du disque et du cinéma, violemment ébranlés par le téléchargement illégal. Les défauts structurels du marché du livre suscitent néanmoins de nombreuses inquiétudes. La richesse et la variété de l’édition sont en effet mises à mal par le phénomène de concentration industrielle, qui permet aux principaux groupes (Hachette Livres et Editis en tête) de s’arroger une part substantielle du marché.
Lagardère domine… et élimine
Ainsi, les douze poids lourds du secteur (sur les 150 principaux groupes ou maisons d’édition) engrangent près des trois quarts du chiffre d’affaires total (soit 4 milliards d’euros), en ne produisant que 40% des titres édités.
Ces conglomérats dominent le marché grâce à une politique de livres commerciaux (ouvrages scolaires, best-sellers, prix littéraires, ouvrages pratiques, etc…) bénéficiant d’une matraquage médiatique considérable. La maison-mère d’Hachette Livres (près d’un quart du CA de l’édition française) n’est autre que Lagardère, premier éditeur de magazines au monde, et acteur majeur de l’audiovisuel français…
Cette concentration aboutit à une standardisation des produits, à une massification de l’offre et à un apauvrissement qualitatif. Les meilleurs livres, édités par des maisons spécialisées, sont noyés dans le flot des sorties (à titre d’exemple, 683 titres sont parus à la rentrée littéraire de septembre 2006 !).
Signe des temps à la fois révélateur et inquiétant : l’essor des grandes surfaces (Fnac, Virgin, hypermarchés) au détriment des librairies, qui ne vendent plus qu’un livre sur cinq… Ces mêmes librairies qui constituent depuis toujours le pilier essentiel des éditeurs et auteurs de faible renommée.
Autre motif d’inquiétude pour les libraires : l’explosion des ventes en ligne (+25% en un an selon une récente étude de Livres-Hebdo).
Johann Harscoët
Sources: Livres Hebdo, Syndicat national de l’Edition, Le Monde, Le Monde diplomatique.









