Le vaste chantier du SEPA

29 01 2007

Une petite révolution se prépare dans le secteur bancaire européen, avec la mise en oeuvre, d’ici 2010, d’une zone de paiement commune visant à simplifier les transactions dans la zone euro.

L’euro sonne dans le portefeuille des Européens de treize pays depuis cinq ans, mais le système bancaire accuse encore un certain retard dans l’organisation des paiements.

Le SEPA (single european payment area, zone de paiement européenne commune) va, dans les trois prochaines années, permettre aux particuliers et aux entreprises européennes d’effectuer leurs transactions intracommunautaires avec la même simplicité que les paiements nationaux.

L’Eurosystème, qui supervise cette mise en place, estime que tous les paiements de la zone euro deviendront, de fait, des paiements domestiques.

Cette gigantesque modernisation des instruments informatiques de paiements peut-être comparée au concept de hub (plateforme) existant dans les grands aéroports. Plus lisibles, plus rapides, moins complexes, moins coûteux, tous les flux financiers de la zone euro transiteront pas un même système informatique, auquel chaque banque devra se soustraire. Concrètement, les paiements par carte bleue effectués en dehors du pays de domiciliation ne seront plus taxés.

Cette harmonisation réduira considérablement les coûts, tant pour les particuliers que pour les entreprises et contribuera au dynamisme de la zone euro. Le long processus d’institution de la monnaie unique sera ainsi achevé.

La grogne des banquiers

La mise en oeuvre du SEPA, commencée en 2004, s’accompagne toutefois d’obstacles majeurs, liés à la crainte des banques de perdre une partie de leurs revenus et de leurs clients.

Les opérations de paiements représentent ainsi jusqu’à 50% du chiffre d’affaires de certains établissements. Pour des prestations similaires, les différences de tarifs constatées dans les banques s’échelonnent selon un ratio de 1 à 15.

Or, cette harmonisation permettra à chaque citoyen de la zone euro d’aller au mieux offrant, sans se soucier, comme c’était le cas jusqu’à présent, de l’origine de sa banque.

Selon une étude du World Payment Report, le manque à gagner pour le secteur bancaire se situera entre 18 et 29 milliards d’euros lors de l’entrée en vigueur du SEPA en 2010. Dans le même rapport, le WPR estime que 40% des établissements financiers ne seront pas prêts en 2010, alors que certaines banques pourront dès 2008 proposer à leurs clients de migrer vers ce nouveau système.

D’après Jeremy Payne, directeur commercial de Pegasystems, le secteur bancaire « est confronté à une double problématique d’accroissement des coûts et de perte de revenus. Non seulement il sera sans doute extrêmement coûteux de mettre en place des infrastructures de paiement conformes aux nouveaux systèmes de compensation et de règlement au sein de la zone Euro, mais il en résultera également une réduction d’une source majeure de revenus actuels. »

La sortie des infrastructures de paiement nationales, obsolètes, va obliger les banques à miser sur toujours plus de services pour affronter une concurrence de plus en plus rude.

Johann Harscoët


Actions

Information

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.