Le rôle controversé des fonds d’investissements

29 01 2007

Les fameux hedge funds ont procédé en 2006 à des acquisitions records. Ces nouveaux acteurs de l’économie mondiale suscitent toutefois beaucoup de réserves et d’inquiétudes.

 

Très décriés depuis dix ans, les fonds d’investissements font désormais partie du paysage boursier et jouent un rôle prépondérant dans l’activité économique. Leur stratégie consiste à acquérir des sociétés en ayant recours à l’endettement (jusqu’à 80%), les gérer au mieux et les revendre quelques années plus tard en dégageant une plus-value afin de rémunérer leurs actionnaires. OPA, puis retour en bourse, sont l’alpha et l’omega de ces entreprises d’un nouveau genre. Emploi, développement, synergies sont loin d’être prioritaires. Les fonds d’investissements ne sont rien d’autre que le symbole du capitalisme triomphant.

2006 a été marqué par de gigantesques opérations de LBO (rachat par endettement avec effet de levier), dont la plus retentissante fut l’acquisition par Blackstone du principal promoteur immobilier américain (36 milliards de dollars, un record là aussi, qui dépassait celui de l’été dernier : le rachat par plusieurs fonds – dont KKR et Bain Capital -, d’une chaîne privée d’hôpitaux américains). En Europe, le montant des investissements opérés l’an dernier par les hedge funds a atteint 235 milliards d’euros. Un record.

 

Vers une explosion ?

 

Très souvent, ces opérations se traduisent par de confortables plus-values pour l’actionnaire, ce qui pousse les fonds à prendre toujours plus de risques : les dernières acquisitions ont été réalisées sur la base de 10 fois l’excédent brut d’exploitation (contre 6 en 2003 et 4 en 2001).

Les capitaux gérés par des fonds d’investissement dans l’Union européenne ont quintuplé depuis douze ans et leur taux de croissance sera proche des 10% par an d’ici à 2010.

Les milliards d’euros disponibles et la concurrence exacerbée entre les investisseurs font flamber le prix des sociétés et par conséquent le volume des dettes de financement. Les économistes s’inquiètent désormais ouvertement de la formation d’une bulle financière.

Selon l’organisme britannique FSA (Finance Service Authority), “les niveaux actuels d’endettement et les développements récents du cycle économique” vont inévitablement provoquer “la défaillance d’une grande entreprise ou d’une myriade de petites entreprises rachetées par des fonds.»

La Banque centrale européenne s’inquiète de l’influence des fonds sur la stabilité du système financier, un rapport paraîtra d’ailleurs au printemps prochain.

Selon Philippe Matzowski, porte-parole du comité LBO (CGT), “la pression financière liée au remboursement de la dette d’acquisition est forcément préjudiciable à l’entreprise. Elle l’est pour l’emploi et pour l’investissement ».

En France, la grogne sociale a jusqu’à présent épargné les fonds d’investissement, propriétaires de plusieurs milliers d’entreprises françaises, mais elle prend de l’ampleur d’année en année.

 

Johann Harscoët


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Une réponse

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