Le gouvernement français s’inquiète de la vigueur de la monnaie unique et voit d’un mauvais oeil une nouvelle hausse des taux d’intérêt par la BCE, prévue ce jeudi. Ses partenaires européens ne partagent pas son avis.
Alors que l’euro vient d’atteindre ses plus hauts sommets face au dollar (depuis vingt mois) et au yen, l’inquiétude de la France n’a suscité, au mieux, que des réactions d’indifférence polie de la part de ses partenaires européens, y compris l’Italie qui connaît pourtant, comme la France, des difficultés en matière de compétitivité.
Guère plus de soutien du côté des analystes : l’économiste en chef de l’OCDE Jean-Philippe Cotis, d’ordinaire très critique vis-à-vis de la politique monétaire de la BCE, estime souhaitables de nouvelles hausses des taux d’intérêt jusqu’en 2008. Patrick Artus, chef économiste de Natixis, a de son côté ironisé sur les peurs françaises en imaginant une politique monétaire européenne indexée aux habitudes américaines : “La Réserve fédérale accorde beaucoup plus de poids que la BCE au cycle économique réel ; si elle était en charge de la zone euro, elle pratiquerait aujourd’hui des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que la BCE (avec la baisse du chômage).” De son côté, Eric Chaney, de la banque Morgan Stanley, a fixé à 1,45 dollar (contre 1,33 actuellement) le seuil à partir duquel la situation devriendrait inquiétante. En 2007, au rythme de hausse actuel, la croissance du PIB pourrait n’être réduite “que” de 0,3 %.
Jérémiades et alibi
Même unanimisme dans la presse hexagonale : Les Echos dénoncent les “jérémiades” françaises, alors que Libération ne voit dans les inquiétudes françaises qu’un “alibi pour une croissance à plat.”
Les deux raisons principalement évoquées par le gouvernement français pour justifier la lutte contre l’euro fort, sont, il est vrai, sujettes à caution : les difficultés d’Airbus sont dues en grande partie à des dysfonctionnements internes, et le bonnet d’âne de la France en matière d’exportations est d’autant plus critiquable que le voisin allemand est le leader mondial en la matière depuis 2003, avec la même monnaie.
La position française, très critiquée donc, n’est pas nouvelle : depuis la naissance de la monnaie unique, en 1999, la deuxième puissance économique de la zone euro a toujours été favorable à une monnaie faible pour développer en priorité la croissance et l’emploi.
La récente hausse de l’euro, qui s’explique surtout par la dépréciation du dollar (La Voix du Luxembourg du 4 décembre) et du yen, a été l’occasion pour le gouvernement français de réaffirmer sa priorité : faire redémarrer l’activité – suite notamment à la stagnation de la croissance constatée au troisième trimestre (0%) -, pour présenter une situation économique acceptable lors des échéances électorales du printemps prochain.
Johann Harscoët









