Air France - KLM : Alitalia en vue

24 11 2006

La première compagnie aérienne d’Europe va entamer des discussions avec le Transalpin Alitalia, dans le cadre d’une fusion à hauts risques.

Alitalia

Air France - KLM affiche une santé financière insolente. Le groupe franco-néerlandais, leader mondial en termes de chiffre d’affaires, a publié jeudi ses résultats semestriels, qui parlent d’eux-mêmes : un CA en hausse de 10,3% (11,9 milliards d’euros), un résultat net en progression de 50,7 % (618 millions d’euros), ainsi qu’un troisième trimestre flamboyant (374 millions d’euros de profits).
Des chiffres flatteurs, mais insuffisants selon les investisseurs : le cours de la compagnie a dévissé de 6,5 % jeudi, par rapport à des gains moins importants qu’espérés donc, mais surtout en raison de l’annonce faite par le président Jean-Cyril Spinetta concernant l’ouverture de “discussions exploratoires” avec la compagnie italienne Alitalia.

Cette dernière, qui est détenue à 49,9% par l’Etat italien, n’a guère le choix. Sur les dix dernières années, elle a été huit fois déficitaire, malgré plusieurs recapitalisations d’un montant total de 5 milliards d’euros depuis 1990. Elle a perdu 167 millions d’euros en 2005, et chutera encore plus bas en 2006. Pour obtenir un sursis supplémentaire, elle devra se séparer de 200 pilotes (10% de son effectif), et retirer une vingtaine d’avions de sa flotte.

Une compensation politique ?

Pour Air France - KLM, un rapprochement coûterait quelque 2,3 milliards d’euros (1,5 milliards pour le rachat, ainsi qu’un milliard supplémentaire pour les dettes). L’opération est faisable, si l’on considère les 4,5 milliards d’euros de réserve disponible dans la trésorerie du mastodonte.

L’élément déterminant des négociations pourrait se situer à un niveau politique : le gouvernement français a une dette vis-à-vis des italiens suite au “mariage interdit” entre l’électricien italien Enel et le français Suez, qui avait été repoussée au profit de la patriotique fusion avec GDF.

Jacques Chirac et Romano Prodi se sont d’ailleurs rencontrés ce vendredi, et n’ont officiellement pas évoqué la question d’Alitalia. La veille pourtant, le chef du gouvernement italien avait émis le souhait de “connaître les vraies intentions d’Air France”. “Veut-elle créer un grand groupe européen de transport aérien dans lequel l’Italie ait aussi sa place, ou simplement s’emparer du marché italien du transport aérien, qui est très riche ?” Lors de la conférence de presse commune, vendredi après-midi, le président du Conseil italien a estimé que le report de la fusion Suez-GDF pourrait permettre la reprise de discussions avec Enel. Comme pour mieux faire valoir les intérêts d’Alitalia…

Johann Harscoët


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