Bien que la situation demeure catastrophique dans de nombreux pays du Continent noir, les résultats économiques de l’Afrique sont plus encourageants que jamais. Le partenariat avec la Chine y est pour quelque chose.

Dans ses « Perspectives économiques » livrées au printemps dernier, l’OCDE (organisation de coopération et de développement économiques) notait que « pour la plupart des pays africains, l’avenir semble plus favorable qu’il ne l’a été depuis longtemps. »
A l’exception du Zimbabwe, de la Côté d’Ivoire, du Soudan ou de la République démocratique du Congo, rongés de l’intérieur, et complètement à la dérive, l’Afrique a bénéficié en 2006 d’une croissance soutenue (+5,8%), d’une inflation maîtrisée (+7,9%), de soldes budgétaires positifs (6,4 % du produit intérieur brut – PIB 2005) et d’un excédent commercial considérable (6,3 % du PIB).
Mieux, toutes les zones géographiques sont concernées : l’Afrique du Nord enregistre les meilleures performances (+ 6,3 % en 2006), alors que l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale ne sont pas en reste (respectivement 5,3% et 5% de croissance), malgré des conflits régionaux qui n’en finissent pas et des conditions climatiques qui ne s’améliorent pas avec le réchauffement de la planète et les difficultés grandissantes d’approvisionnement en eau.
La flambée des cours du pétrole et des matières premières constitue évidemment la première source de profits, à plus forte raison depuis que la Chine a jeté son dévolu sur les ressources du continent qui compte le plus de pays en voie de développement.
En 2005, “l’atelier du monde” a ainsi importé près d’un tiers de son pétrole brut d’Afrique (soit 38,4 millions de tonnes, dont près de la moitié en provenance de l’Angola, qui vient d’ailleurs de détrôner l’Arabie saoudite comme premier fournisseur de brut).
Il n’est donc guère étonnant que les échanges commerciaux sino-africains aient décuplé au cours des dix dernières années (50 milliards de dollars en 2006), avec en tête des partenaires l’Afrique du Sud, premier importateur africain de produits chinois, suivi du Nigeria, de l’Egypte et de l’Algérie.
L’Europe perd de son influence
Lors du récent forum de coopération, l’historique déclaration de Pékin, couplée au plan d’action 2007-2009, a donné lieu à la signature de nouveaux contrats d’une valeur de 1,9 milliard de dollars. La Chine va aussi doubler son aide financière d’ici 2009, accorder des prêts à taux préférentiel d’un montant de trois milliards de dollars, et effacer tous les prêts à taux zéro arrivés à échéance en 2005 des pays africains les plus endettés. 440 produits (contre 190 actuellement), seront également exemptés de douane.
Sur le terrain, la Chine va former 15 000 professionnels africains aux techniques agricoles, construire dix centres spécialisés dans l’agriculture, financer une trentaine d’hôpitaux, débloquer 37,5 millions pour lutter contre la malaria, ou encore doubler le nombre de bourses destinés aux étudiants africains. Le président Hu Jintao a également promis une enveloppe de cinq milliards de dollars pour favoriser l’implantation de sociétés chinoises en Afrique.
Dans le même temps, la Chine va investir dans le secteur le plus nécessiteux, les transports, avec notamment la construction de cinq nouvelles plates-formes portuaires. Routes, ponts, chemins de fer, ports ont trop souvent été confiés à des services publics peu efficaces, voire médiocres. Or, les infrastructures conditionnent le développement durable de l’économie.
Toutes ces mesures visent à renforcer un partenariat qui a tous les aspects d’un plan Marshall : l’Afrique fournit les matières premières, et consomme en échange des produits chinois. Autrement dit, comme le résume He Wenping, chercheur à l’Académie des sciences sociales de Pékin, « la Chine et l’Afrique ont besoin l’une de l’autre ».
Contre toute attente, c’est bien dans le domaine diplomatique que le rôle de la Chine pourrait avoir le plus de répercussions : Pékin exhorte les pays occidentaux à augmenter leurs aides au continent le plus pauvre, et réclame en parallèle un renforcement de l’influence de l’Afrique au sein de l’ONU.
L’émergence de nouveaux partenaires du Sud, la Chine donc, mais aussi l’Inde et le Brésil, libère peu à peu l’Afrique du joug occidental, et tout particulièrement de l’Europe. Le Vieux Continent représente encore près d’un tiers du commerce africain, mais sa position s’est considérablement érodée depuis le début des années 90, où il en assurait près de la moitié. La question africaine va d’ailleurs revenir à l’ordre du jour du prochain sommet du G8, en allemagne, en juin 2007.
Dans un entretien publié fin octobre dans Les Echos, le président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz reprochait à la Chine de financer des projets africains sans se soucier de leurs retombées écologiques et sociales. Le régime de Hu Jintao se montre en effet peu regardant sur le profil de certains gouvernants agricains (Soudan et Zimbabwe notamment) en matière de droits de l’homme et de rigueur budgétaire. A tort ou à raison, l’occident s’inquiète de voir des années d’efforts réduites à néant par l’irruption d’un néo-colonialisme.
Le chemin menant les pays africains vers l’Objectif du Millénaire (fixé par l’Organisation des Nations Unies en 2000) est donc encore long et parsemé d’embûches. Seuls Le Maroc, l’Île Maurice, la Tunisie, l’Egypte, la Libye et l’Algérie ont réduit de moitié le nombre d’habitants vivant avec moins d’un dollar par jour.
Johann Harscoët









