Fondateur du premier magasin Auchan en 1961, Gérard Mulliez a donné les rênes
de son groupe à son petit neveu Vianney le 6 juin. L’empire Auchan, c’est avant
tout une histoire de famille.
Auchan ne sera peut-être jamais coté en bourse. Ce symbole de la grande
distribution en France est pourtant la onzième entreprise du pays, avec 33,6
milliards d’euros de chiffre d’affaires et 174 000 salariés dans le monde. Mais
ici, tout se décide en famille, via l’association familiale Mulliez (AFM), qui
détient 85% du capital du groupe. Et pas question de remettre en question une
tradition centenaire, qui permet à chacun des 500 descendants de Louis
Mulliez-Lestienne (grand-père de Gérard et fondateur de la filature Phildar en
1921) de posséder en moyenne… 34 millions d’euros d’actions !
Jusqu’à présent, tous les investisseurs petit ou grands (Wal-Mart, Casino,
etc…) qui ont essayé de s’introduire dans cette affaire ont échoué. Seuls les
salariés du groupe peuvent se partager une part du gâteau (15%), suffisamment
pour permettre à certaines caissières d’être multimillionnaires à leur départ
en retraite…
Les magasins Auchan ne représentent qu’un peu plus de la moitié d’un conglomérat
d’entreprises comprenant Décathlon, Norauto, Saint-Maclou, Boulanger, Kiabi,
Leroy Merlin ou encore Les 3 Suisses, et qui produisent à elles seules près de
20 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Un pour tous, tous pour un
L’empire Mulliez, particulièrement nébuleux et anachronique, est fondé sur des
valeurs catholiques et sociales, dont la constitution de 62 pages fut rédigée
par les 12 enfants de Louis Mulliez, à son décès, en 1952, et dans laquelle ils
s’engageait à respecter les principes de “l’esprit de famille”, en mettant
l’”argent à disposition de la communauté”, en “partageant le savoir, le
pouvoir, les responsabilités et les résultats avec les collaborateurs”. L’AFM
était née.
Président du conseil de surveillance d’Auchan, dont il a créé le premier magasin
en 1961, Gérard Mulliez, qui vient de fêter ses 75 ans, ne détient ainsi “que”
9% des titres du groupe. Il n’a jamais présidé la toute-puissante AFM, qui a
choisi pour lui succéder Vianney Mulliez, diplômé HEC, au détriment de son
propre fils, Arnault, qui se préparait depuis toujours à prendre les rênes, en
commençant par travailler dans les rayons d’un magasin, jusqu’à intervenir
dernièrement dans la presse ou négocier la baisse des prix avec Nicolas
Sarkozy.
Presque aussi charimastique que son père, Arnault Mulliez a cependant été
considéré moins brillant intellectuellement que son cousin Vianney, qui aura la
lourde charge de redresser un groupe qui souffre de plus en plus face au réveil
du géant Carrefour. En France, la part de marché d’Auchan sur les produits de
grande consommation est désormais inférieure à 10%, tandis que le développement
international est deux fois moins rapide que les prévisions faites en 2000.
Le groupe paie sans doute son refus ancestral d’attirer de nouveaux capitaux, et
de ne pas se soumettre aux exigences du court terme. Frustrant à court terme,
mais rassurant pour les générations futures…
Johann Harscoët









