Quaero est-il crédible ?

28 06 2006

Le projet franco-allemand Quaero vise à dépasser Google, MSN et autres
Yahoo dans la recherche de documents sur internet. De nombreuses
réserves peuvent toutefois être émises sur la crédibilité de cet
objectif.

Le président français Jacques Chirac a officiellement lancé en début
d’année le projet de moteur de recherche européen Quaero.
Quaero, qui signifie « je cherche » en latin, est censé marcher sur les
traces de la référence dans ce domaine, le gigantesque Google initié
par Larry Page et Sergueï Brin à la fin des années 90.
Pas moins de 250 millions d’euros seront débloqués sur cinq ans pour
mener à bien cette entreprise, avec une myriade de sociétés et
d’institutions spécialisées : France Télécom, le Centre national de la
recherche scientifique (CNRS), l’Institut national de l’Audiovisuel
(INA), l’Institut national de Recherche en Informatique et Automatique
(INRIA), Thomson, LTU technologies, Exalead, mais aussi Deutsche
Telekom, Jouve, Vecsys, l’université de Karlsruhe, ou encore Studio
Hambourg. Liste non exhaustive, et qui n’a pas fini de se développer.
Thalès, entre autres, a proposé ses services. La Bibliothèque nationale
de France est attendue.
Quaero donnera la possibilité aux particuliers et aux professionnels
d’effectuer des recherches sur toutes types de contenus, y compris le
multimedia. Il sera ainsi possible de chercher des informations dans
des émissions de télévision, des podcasts, des vidéo, etc… Du son et
de l’image, là où les moteurs actuels ne sont réellement performants que sur le texte.
Révolutionnaire.
Mise à disposition du produit : 2011 ! Peut-être avant, dans une
version bêta. Et c’est bien là que le bât blesse.
Dans un secteur qui évolue à très haute vitesse, où il ne se passe plus
un mois sans que Google, MSN où Yahoo, achètent une start-up ou offrent
de nouveaux services aux internautes, Quaero pourrait bien être dépassé
avant même de voir le jour. Ce qui est révolutionnaire aujourd’hui ne
le sera déjà plus dans deux ou trois ans.
La logique du projet Quaero est sujette à caution tant sur la forme que
sur le fond. Elle met à contribution des grandes entreprises souvent
concurrentes, qui devront développer un ensemble à la fois cohérent et
performant, à défaut d’avoir l’unité et la créativité de toutes ces
start-up qui ont su surfer sur la nouvelle économie. Or, il n’existe
pas de Silicon Valley en Europe…
Les nombreuses incertitudes sont résumées par Olivier Andrieu,
consultant chez Abondance, interrogé par le Journal du Net : « Au sujet
de Quaero, nous ne connaissons rien du projet et nous nous posons,
légitimement, de nombreuses questions : le fait de multiplier les
partenaires n’est-il pas un frein ? Le budget alloué est-il suffisant ?
Le fait de mixer dans une même structure starts-up et grands groupes
est-il efficient ? Quelle sera la stratégie de Quaero face à Google ?
Affrontera-t-il le moteur américain de front, en proposant les mêmes
fonctionnalités ? Où biaisera-t-il en proposant des voies de réflexions
différentes ? D’ailleurs, la stratégie de Quaero sera-t-elle de
concurrencer Google, après tout ? »

Même en Europe, Quaero ne fait pas l’unanimité, comme l’indique un
projet concurrent, baptisé iAd, 100% norvégien, et qui a déjà récolté
un peu plus de 50 millions de dollars.


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