Pinault ne fait plus le Printemps

26 06 2006

Le groupe PPR, spécialisé dans la grande distribution et le luxe, entame un important virage stratégique en vendant les magasins Printemps à un fonds d’investissements italo-allemand.

Le groupe PPR abandonne son deuxième P. Pinault-Printemps-Redoute a en effet annoncé mardi la cession à un fonds d’investissements de la Deutsche Bank des 17 magasins Printemps, achetés en 1992. Montant de la transaction : 1,075 milliards d’euros. Le montant de la vente va fortement réduire la dette du groupe, estimée à 4,5 milliards d’euros, soit 56,4% de ses fonds propres, et lui donner la capacité de repartir à la chasse dans le luxe. Près de 75% de la valeur du Printemps est liée à son patrimoine immobilier, ce qui fait de cette filiale l’une des moins performantes du groupe. En 2005, son chiffre d’affaires a atteint 752 millions d’euros, à comparer aux 17,8 milliards réalisés par l’ensemble du groupe. Quant à sa rentabilité opérationnelle, elle n’était que de 3,4%, là où Gucci, l’enseigne de luxe acquise par François Pinault en 2001, a dégagé 27%.

Haro sur le luxe

Cette annonce, qui était pressentie depuis plusieurs mois, marque un important virage stratégique du groupe désormais dirigé par François-Henri Pinault, le fils de celui qui a créé seul ce géant industriel, quarante ans après avoir repris la petite menuiserie familiale, dans un coin perdu de Bretagne.Désormais, la grande distribution passera en second plan, derrière le luxe, un secteur beaucoup plus profitable et avec de meilleures perspectives. En 2005, il a d’ailleurs réalisé 35% des bénéfices du groupe, alors qu’il ne représente que 17% du chiffre d’affaires total. Le pôle luxe, constitué de marques hautement reconnues – Gucci, Yves-Saint-Laurent, Boucheron, Prada, Bottega Veneta, Balenciaga, Sergio Rossi, etc – fait de PPR le troisième acteur mondial dans ce domaine. C’est précisément pour renforcer son statut et s’offrir d’autres marques de standing, notamment dans les secteurs de l’horlogerie et de la joaillerie, qu’il a cédé le Printemps, et qu’il devrait en faire de même dans les prochains mois pour Conforama (habitat), qui souffre de la concurrence d’Ikea.
La Fnac est elle aussi bousculée sur ses marchés, notamment dans celui du disque. Pour financer ses acquisitions dans le luxe (7 milliards d’euros d’investissements en moins de dix ans), PPR a dû fortement s’endetter et céder – déjà – certains de ses actifs historiques (Rexel, Pinault Bois, la Finaref notamment). Le désengagement progressif de la grande distribution – qui représente encore 83% de son chiffre d’affaires total, mais qui grève aussi sa rentabilité moyenne – va dans le sens du marché. Le caractère hydride du groupe est un handicap, qui explique notamment l’évolution limitée de son cours (+12% en 2005, contre +38% pour son grand concurrent LVMH). PPR s’apprête donc à changer d’identité dans tous les sens du terme.



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