L’immigration choisie du football

26 04 2007

L’immigration choisie du football

DES MILLIERS DE FOOTBALLEURS AFRICAINS VIENNENT TENTER LEUR CHANCE EN EUROPE, DANS L’ESPOIR DE DEVENIR DES STARS DU BALLON ROND. L’ECHEC, L’EXCLUSION ET LA MISERE LES ATTENDENT TRES SOUVENT AU TOURNANT.

“Le footballeur professionnel est le seul homme à pouvoir être acheté et vendu sans qu’on lui demande son avis », affirmait Raymond Kopa, l’ancien champion des années soixante, quand le football n’était pas encore dominé par la logique économique.
Quarante ans ont passé, et ces propos prennent une tout autre dimension à l’heure où des milliers de joueurs africains, non professionnels, voient leurs rêves de réussite se briser sur les récifs du très haut niveau. Entrainés vers l’Europe par des agents peu scrupuleux, éblouis par les exploits télévisés de Weah, Eto’o ou Drogba, ils symbolisent l’esclavage des temps modernes.

Les chiffres communiqués par les différentes fédérations africaines donnent le tournis : “Chaque fédération délivre entre 500 et 1000 lettres de sorties par an, regrette Jean-Claude Mbvoumin, le président de Culture Foot Solidaire, une association qui vient en aide à ces oubliés du ballon rond. Sans oublier tous ceux qui ne sont pas licenciés.”

La majorité de ces talents de douze à vingt ans (très souvent des mineurs donc) ne reviennent jamais auprès de leurs proches. Par manque de moyens financiers. Ou par honte d’avoir échoué. “Je préfère qu’ils me croient mort”, souffle Simon, un Guinéen de dix-neuf ans, déjà en bout de course. Abandonné, comme tant d’autres, par un de ces agents non officiels qui sillonnent le continent de l’irrationnel à la recherche de la perle rare, celle qui rapporte beaucoup d’argent.

“Il est actuellement totalement scandaleux que des enfants de 13 ou 14 ans, par des filières que nous n’arrivons pas à remonter, finissent dans nos bureaux à Paris, à Lyon, à Marseille, et puissent être vendus comme des marchandises”, s’est élevé Robert Beroud, le responsable pédagogique de l’Olympique lyonnais, lors de la dernière conférence internationale du jeune football africain, organisée par Culture Foot Solidaire.

Didier, vingt ans, originaire du Cameroun, est arrivé en France quand il en avait seize. Un agent français se réclamant du centre de  formation de Rennes, était venu convaincre ses parents du “talent immense” de leur fils, et de la nécessité de saisir cette chance unique de devenir footballeur professionnel en Europe. “Il roulait dans une grosse voiture, il nous racontait  comment vivaient les pros, et même que certains Africains lui devaient leur carrière. Il m’a aussi donné un maillot du Stade rennais. On l’a tous cru. Et bien sûr, il disait qu’il serait toujours là pour moi, qu’il serait comme un grand frère.”
Profitant à la fois de l’ignorance et de la féérie exercée sur la famille, ledit agent exigea quelque 1500 euros pour financer le billet d’avion…. “Tout le monde a donné quelque chose”, se souvient amèrement Didier, dès lors investi de la mission de réussir pour ne pas décevoir.

Le début de la fin intervint dès l’arrivée… à l’aéroport de Yaoundé. “Je n’étais pas tout seul, il y avait trois autres jeunes avec moi. Il y en avait un qui faisait deux têtes de moins que moi !”.
A l’atterrissage à Roissy-Charles-de-Gaulle, direction l’hôtel. Un formule 1. Deux par chambre. “J’étais avec le petit. Il était mal… Moi, ça m’aidait, je faisais le fort. Mais je savais pas ce que je faisais là. On y est restés trois, quatre jours. L’agent passait nous voir le soir pour nous donner dix euros chacun. Ils nous disait “alors, ça va les Formule 1 ?” Il nous encourageait, nous disait de nous préparer à donner le meilleur. Puis il repartait. La journée, on jouait au foot sur le parking. Et on attendait… “

Contrairement à ce que l’agent avait annoncé, les quatre “Formule 1″ n’allèrent jamais en Bretagne. Le Stade rennais n’était qu’un mirage. Pendant quelques semaines, ils disputèrent plusieurs tournois, participèrent à des journées de détection. “Où ? je sais pas, plutôt dans le nord. On a beaucoup roulé. Y en a un de nous qui est resté à Sedan. Il est entré au centre de formation. Mais j’ai plus de nouvelles. Il a pas dû réussir…” Le courageux agent n’a rien trouvé de mieux que de disparaître dans la nature, au terme d’un stage de détection au PSG. “Le matin, il nous avait dit que c’était notre dernière chance, que si on n’était pas retenus le jour-même au PSG, il nous ramènerait au Cameroun. En fait, il avait déjà décidé de nous abandonner. Ensuite, on a été séparés. Je crois que le plus petit a été rapatrié au pays. Moi, j’ai voulu rester, pour continuer d’y croire. Et si j’ai pas percé, c’est à cause du froid. ça m’a coupé les jambes.”
Didier évolue désormais dans un club amateur de la région parisienne, pour 500 euros par mois. Sans papiers, il ne dort pas dans la rue comme beaucoup d’autres, mais chez des amis camerounais, dans une petite chambre, avec un autre footballeur africain dans la même situation. Retourner au Cameroun ? “Pas question”. Lui aussi préfère faire le mort.

Des milliers de sans-papiers

Les histoires se ressemblent étrangement : toujours la même ignorance initiale, le même agent immoral, le même circuit tortueux, les mêmes centres de formation déjà envahies de talents naissants, le même plongeon en enfer.

Phénomène de masse, cette forme d’immigration choisie fait le plus grand bonheur des clubs français et européens, qui n’ont qu’à se servir dans le vivier de talents qui pullulent dans leurs stages de détection, ou dans les périphéries des grandes villes. La France, dont le système de formation est le plus efficace au monde, est devenue la plaque tournante du trafic de footballeurs.

Les transferts font vivre une partie non négligeable du microcosme, les fameux intermédiaires : des entraîneurs recyclés, des agents véreux, des avocats, des dirigeants ou encore d’anciens joueurs. Le mouvement, la spéculation, produisent la richesse. Les joueurs, qu’ils aient quinze ou trente ans, représentent la matière première du football, et sont traités comme tels. Très souvent, ils acceptent, de gré ou de force, d’abaisser leur âge réel pour augmenter leur valeur marchande.

“Les clubs professionnels sont de véritables aspirateurs”, déplore Jean-Claude Mbvoumin. “Les institutions font mine de regretter cette situation, mais ce n’est qu’un moyen de se donner bonne conscience. Notre association a recueilli plus de sept cents joueurs, les plus en difficultés, pour les aider à s’insérer, pour les rescolariser, pour leur apporter une aide administrative. Mais nous sommes très loin de contrôler le phénomène. Des milliers de joueurs parcourent l’Europe pour trouver un club, alors qu’un pays comme la France ne compte qu’une soixantaine de footballeurs africains professionnels.”

De longues années seront nécessaires pour endiguer ce fléau. “La solution doit venir à la fois d’Afrique et d’Europe, souligne Mbvoumin. Le football africain doit se structurer pas à pas, pour espérer créer des championnats professionnels et réussir à garder dans de bonnes conditions ses joueurs.”

D’ici là, combien de destins brisés et de familles déchirées ?

Johann Harscoët

Quels remèdes ?

Depuis une dizaine d’années, le sport n’obéit à une aucune règle, sinon celle de la libre-concurrence. Deux éléments ont passablement modifié le paysage footballistique : l’arrêt Bosman et l’explosion des droits télévisuels.
En décembre 1995, le footballeur belge Marc Bosman avait revendiqué le droit, en tant que travailleur européen, de pouvoir évoluer dans n’importe quel pays de l’Union européenne. Son combat avait conduit à l’abrogation des quotas de joueurs étrangers, qui était jusqu’alors limité à trois par club. Fatalement, le marché des transferts a décollé, et contribué à faire des footballeurs des marchandises comme les autres.
La très forte hausse des droits TV, un peu partout en Europe, et notamment en France (Canal+ versait 762 000 euros à la Ligue nationale de football pour diffuser la Ligue 1 - ex D1 - en 1985, puis 25,5 millions d’euros en 1995, 103 millions en 2001, et enfin 600 millions en 2004) a fait exploser les masses salariales et gonflé la bulle des transferts. Pour le plus grand bonheur des meilleurs joueurs, des dirigeants et des intermédiaires, lesquels ont très vite compris l’intérêt qu’il y avait à repérer des joueurs inconnus, notamment en Afrique, pour toucher ensuite des commissions élevées.
En 2001, la FIFA a interdit les transferts internationaux des joueurs de moins de 18 ans, avec un succès très relatif. Les institutions sont restées impuissantes, voire impassibles, se cantonnant à constater les dégâts, à l’image du récent rapport parlementaire de l’Assemblée nationale sur les transferts de joueurs et le rôle des agents.
Mars 2007 pourrait toutefois marquer un tournant important : la commission Culture du Parlement européen vient d’adopter un rapport préconisant la création d’une agence européenne de transparence financière. Cette dernière aura “pour objectif de veiller à la santé financière de l’ensemble des clubs européens professionnels” avec de réels pouvoirs : encadrement ou interdiction de transferts, contrôle de la masse salariale, rétrogradation ou exclusion sportive. Le Parlement européen se réunira le 29 mars en session plénière pour entériner la création de cette agence, basée sur le modèle de l’AMA (agence mondiale antidopage). Mais dans le meilleur des cas, plusieurs années seront nécessaires pour sa mise en place.

J.H.





Musique en ligne : la fin des DRM ?

26 04 2007

Alors que le marché du téléchargement légal de musique peine à décoller,  les grandes maisons de disques pourraient prochainement se résoudre à abandonner les DRM (la technologie de protection).

2007 pourrait bien être l’année d’un tournant majeur dans le domaine du téléchargement, avec la fin probable des verrous numériques des produits musicaux vendus en ligne.
La mise en place des DRM (digital rights management) coûte très cher aux majors, et a surtout le singulier défaut de brider l’essor du téléchargement légal. Une étude publiée par Jupiter Research sur le marché de la musique en Europe indique que 62% des acteurs de l’industrie du disque en Europe estiment qu’une suppression des verrous numériques permettrait un meilleur développement du téléchargement légal.
Le plus célèbre d’entre eux est le PDG d’Apple Steve Jobs, dont l’iTunes Store est la première boutique de musique en ligne. Son appel en faveur de l’abandon des DRM, en début d’année, n’est évidemment pas passé inaperçu. Tout comme les nombreuses critiques du patron de la FNAC, Denis Oliviennes : “Globalement, les gens achètent deux fois plus de musique en ligne si elle est sans DRM ! Depuis des années, les majors campent sur des positions myopes et courtermistes, en sous-estimant les nouveaux modes de consommation de la musique via le téléchargement et en refusant de comprendre que leurs positions inflexibles les ont amené dans le mur”.

Ventes physiques : 40% de baisse en quatre ans

En France, les ventes physiques de disques ont baissé de 11,8 % en 2006, à 1,287 milliards d’euros. La baisse atteint 40% sur quatre ans. Le téléchargement payant a encore progressé de 45%, à 23 millions d’euros. Selon le SNEP, “la croissance des ventes détail en téléchargement (+17 millions d’euros) ne compense pas la perte de chiffre d’affaires des ventes physiques (-172 millions d’euros)”.

Les grandes maisons de disques semblent décidées à changer leur fusil d’épaule, si l’on en croit les récentes déclarations des dirigeants du secteur. “Face aux difficultés actuelles, nous ne pouvons ignorer aucune piste”, a déclaré Jean-François Cecillion, patron d’EMI Music France. Son concurrent d’Universal, Pascal Nègre, a de son côté affirmé suivre de “très près” l’évolution des ventes de disques en MP3, c’est-à-dire libres de toute protection et téléchargeables à l’envi.

A vrai dire, les grandes maisons de disques n’ont guère le choix : la concurrence de plus en plus forte des labels indépendants, qui vendent leurs produits sans DRM, est un argument imparable.

Le principal défaut des DRM concerne l’absence de compatibilité entre les différents supports de lecture. Ainsi, une musique achetée sur iTunes ne peut être écoutée que sur un iPod… A l’inverse, les morceaux achetés sur d’autres services ne peuvent être transférés sur un iPod. L’abandon des DRM en faveur du format ouvert MP3 favoriserait l’interopérabilité et provoquerait probablement une explosion du digital… au risque d’entraîner une hausse du téléchargement illégal.

Johann Harscoët

Sources : Snep (syndicat national de l’édition phonographique), Ratiatum, Le Monde, Libération, Wall Street Journal.





Presse quotidienne : des records en trompe-l’oeil

26 04 2007

Dix ans après l’émergence d’internet, et six ans après l’arrivée de la presse gratuite, la diffusion mondiale de la presse quotidienne payante continue de croître. Mais les chiffres cachent une réalité beaucoup plus morose.

Presse magazine, presse professionnelle, presse spécialisée, presse quotidienne gratuite et presse quotidienne payante continuent de voir leur nombre de titres et leur diffusion progresser aux quatre coins du monde. Un récent rapport de l’Association mondiale des journaux (AMJ) démontre en effet que les journaux résistent relativement bien aux assauts du numérique.

Le nombre de quotidiens payants vient ainsi de franchir la barre symbolique des 10 000 titres (10 104 exactement en 2005, contre 8 930 en 2001, soit une progression de 13%). La presse quotidienne gratuite, destinée à un lectorat urbain jeune et pressé, a quant à elle vu sa diffusion augmenter de 137% en cinq ans (de 12 millions à 28 millions d’exemplaires).

Sur cette même période, la diffusion globale est en hausse de 9,95%, et de 2,36% au cours des douze derniers mois.
Contre toute attente, l’Europe (+2,12% sur cinq ans) et l’Amérique du Nord (+ 0,70%) voient leur lectorat augmenter. Et la presse quotidienne continue d’engranger davantage de recettes publicitaires que la  totalité des gains réalisés par la radio, l’affichage extérieur, le cinéma, les magazines et internet…

Fragmentation du lectorat

“Ce que nous constatons contredit complètement l’idée répandue selon laquelle les journaux sont voués à la disparition”, se félicite Timothy Balding, le PDG de l’AMJ. “La mode qui consiste à prédire le déclin des journaux devrait être dénoncée et prise pour ce qu’elle est : ni plus ni moins qu’une mode, basée sur des hypothèses générales qui sont démenties par les faits (…) Cette croissance en plein essor des titres quotidiens dans le monde est largement passée inaperçue par les faiseurs de marché et les experts en médias obsédés par la révolution des médias numériques”.

Le pessimisme qui règne dans la presse depuis le début de la décennie contredit pourtant cette approche. Depuis 2001, la diffusion moyenne des journaux est en effet en forte baisse dans la plupart des pays développés (-4,02% aux Etats-Unis, -7,4% au Canada, -9,85% en Grande-Bretagne, -7,38% en France, -9,63% en Allemagne, -2,81% au Japon). L’augmentation du nombre de titres disponibles produit mécaniquement une perte de lecteurs pour les journaux déjà en place. Cette fragmentation des audiences, également observée dans le secteur audiovisuel, porte un coup rude au modèle économique des journaux.

Par ailleurs, la désaffection des jeunes de moins de trente ans pour la presse quotidienne, ainsi que le renouvellement permanent des médias numériques (internet et mobiles) constituent des défis de taille pour les éditeurs de presse, qui sont de plus en plus nombreux à investir la Toile et à mettre en place des stratégies de diversification multimedias. C’est le cas du New York Times (Etats-Unis), du Financial Times (Royaume-Uni), de Libération ou des Echos (France), avec des succès divers.

Johann Harscoët

INTERVIEW

Jean-Marie Charon, sociologue des médias à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (EHESS - Paris)

“Vers une mutation profonde”

“Comment expliquez-vous ce décalage entre l’optimisme de l’Association mondiale des journaux et les difficultés réelles des quotidiens payants  ?”
“L’augmentation de la diffusion des quotidiens payants, constatée par l’AMJ, cache des réalités plus complexes. Il ne faut pas oublier que cette association travaille avant tout pour la profession, et qu’elle vise à envoyer des messages optimistes aux institutions et aux annonceurs. Les chiffres communiqués méritent une analyse plus approfondie et doivent être comparés à d’autres études internationales, qui tiennent davantage compte de la consommation des autres médias, en particulier numériques. Ce n’est pas un hasard si un magnat de la presse comme Rupert Murdoch a prédit, de façon excessive, la disparition du papier.

Internet, dont l’influence sur le lectorat est établie, n’est-il pas arrivé à maturité ?
Il évolue en permanence, se renouvelle très vite, et va profiter du développement des supports mobiles pour gagner du terrain. Aujourd’hui, c’est sur le net que les jeunes générations puisent leurs nouvelles quotidiennes, et plus seulement sur les grands sites d’information. Les 15-30 ans lisent et achètent de moins en moins les quotidiens, au profit des blogs par exemple. La presse quotidienne connaît des difficultés majeures pour attirer un lectorat jeune, son lectorat de demain. C’est la principale source d’inquiétude.

Quelles pistes les éditeurs doivent-ils suivre ?
Face à cette transformation brutale liée à l’émergence des nouveaux médias, ils doivent faire preuve de tonicité et de réactivité, à l’image des Scandinaves. Le modèle gratuit représente une opportunité que les groupes de presse devront rapidement saisir, avant la saturation du marché. Par ailleurs, tout porte à croire que les quotidiens à succès auront des identités fortement marquées, que ce soit d’un point de vue philosophique, idéologique, culturel ou politique. Ils devront proposer des valeurs fortes, par opposition à l’information standardisée et abondante d’aujourd’hui. A l’évidence, la presse quotidienne entre dans une phase de mutation profonde et nécessaire.

J.H.

ENCADRE

Suisse : un bon crû en 2006

La Suisse n’a pas échappé à la crise de la presse quotidienne payante constatée depuis le début de la décennie dans les pays occidentaux (diffusion moyenne en baisse de -8,69 % entre 2001 et 2005).
Un rebond a toutefois été constaté en 2006, tant dans les recettes publicitaires (cependant en net retrait du boom des années 2000-2002), que dans la diffusion. Selon une étude Mach Basic, 77,5% de Suisses sont “atteints par un quotidien” contre 75,1% en 2000.
La grande majorité des quotidiens a gagné des lecteurs, notamment la presse dominicale, en pleine expansion, et la presse gratuite (20 Minutes en premier lieu, avec une pénétration en hausse de 91 000 lecteurs (soit 1,039 millions au total).
La Liberté se situe au sixième rang des quotidiens romands, avec 90 000 lecteurs (+ 6000).

La presse quotidienne suisse reste l’une des plus lues au monde, en partie grâce à une forte fidélité du lectorat. Le nombre de quotidiens par million d’habitants y est environ dix fois plus élevé qu’en France ou en Italie. Ils se distinguent par leur capacité à trouver des modèles économiques viables et pérennes sur des diffusions relativement modestes. La presse quotidienne suisse bénéficie également d’une forte réactivité du modèle publicitaire. Seul bémol : un certain retard dans l’appropriation des médias numériques.

J.H.





A vos parquets !

26 04 2007

Naturel, chaleureux et isolant, le parquet est un produit très en vogue, qui nécessite patience et réflexion avant le choix du bois et la pose.

Parfait compromis entre la moquette - confortable mais peu esthétique -, et le carrelage - joli mais frigorifique -, le parquet envahit les planchers. Avec des atouts méconnus, comme une longévité exceptionnelle de plusieurs dizaines d’années, une grande diversité de bois et de teintes, mais aussi un large éventail de prix. Il y en a pour tous les goûts, encore faut-il en avoir conscience. La pose n’est guère compliquée en soi : c’est le choix du type de parquet et de l’essence du bois qui détermine la réussite de l’ouvrage. Prendre le temps de la réflexion est la première règle.

Le choix du bois est conditionné par l’éclairage et la décoration de chaque pièce. La résistance du revêtement, en fonction de la fréquence de passage, doit également être prise en compte. Ainsi, mieux vaut éviter un bois tendre, le sapin par exemple (classe A), pour un hall d’entrée ou un couloir… Le chêne ou l’érable (classe C, dur) seront dans ce cas plus appropriés. Les bois durs ou très durs (classe D, tels le wengé ou l’ipé) sont également conseillés pour les parquets exposés aux sources d’humidité (près de portes-fenêtres ou dans les salles de bain).

Cependant, une faible dureté peut être compensée par une couche d’usure plus importante : 4,5 millimètres d’un bois mi-dur (châtaignier, bouleau ou merisier, c’est-à-dire en classe B) équivaut environ à 3 millimètres d’une essence de classe C.

Du noble au préfabriqué

Pour la pose, on distingue principalement trois types de parquets : les parquets cloués, les parquets flottants et les parquets collés.

Les parquets cloués sont les plus traditionnels, les plus nobles mais aussi les plus chers. Ils sont le plus souvent constitués de lames de 16 à 25 mm d’épaisseur, en bois massif, entièrement solidaires de leur support. Performances incomparables en termes d’isolation phonique.
Les parquets dits “flottants”, les plus faciles à mettre en oeuvre, sont des lames assemblées entre elles, et dont l’ensemble est simplement posé sur le support existant (nécessairement plan, propre, sec et stable). Les lames, fabriquées en usine, sont constituées d’une couches d’usure stratifiée imitation bois ou de plusieurs millimètres de bois collé sur un support.
Quant aux parquets collés, les plus modernes, ils sont tout particulièrement adaptés aux pièces humides ou munies d’un plancher chauffant. Parfaits pour les bois exotiques (classe D), comme le bambou ou le wengé, très prisés actuellement.

A noter que les lames doivent de préférence être orientées en parallèle du mur le plus long ou dans l’axe de la source de lumière naturelle.

Les prix au m² dépendent de nombreux facteurs (bois, type de parquet, taille de la pièce, complexité des motifs, etc…) . En moyenne, il faut compter au minimum entre 25 et 30 FS au m², pose comprise.

Johann Harscoët

Conseils pour la pose

ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant : le parquet doit être le dernier travail à effectuer sur un chantier. La température intérieure doit être stable, et supérieure à 15°, avec une humidité minimum. Pendant la pose, les lames doivent être stockées dans les mêmes conditions de température, à plat, et isolées du sol.
La planéité du sol est indispensable : il ne doit pas y avoir de différence de niveau de plus de 5 mm sous une règle de 2 m posée au sol.
Une distance périphérique de 5 à 8 mm doit être respectée entre les lames et le mur, ceci afin de permettre au bois de se rétracter ou de se dilater librement après la pose.
Dans tous les cas, chaque pose étant très spécifique, demander les conseils d’un spécialiste.

J.H.





Les banques françaises se mondialisent

26 04 2007

Les établissements bancaires hexagonaux ont dégagé des profits records en 2006 et comptent désormais parmi les poids lourds de la finance internationale.

Alors que le paysage bancaire mondial est en totale recomposition, avec une forte poussée des banques asiatiques et européennes, les banques françaises tirent leur épingle du jeu. Les trois principales - BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole - font partie des trente établissements les mieux valorisés en bourse.
BNP Paribas se situe désormais en quatorzième position (17e en 2005), avec une valeur boursière de 80 milliards d’euros. La Société Générale est vingtième.

Très à l’étroit dans leur marché domestique, les six grandes banques françaises ont procédé à soixante-treize rachats ou prises de participation en 2005 et 2006, pour la plupart à l’étranger.

BNP Paribas et le Crédit agricole ont notamment lorgné sur le marché italien, l’un des plus fragmentés d’Europe.
La Société générale s’est quant à elle dirigée vers l’est, en créant quatre cents agences et en multipliant les acquisitions en Roumanie, en République tchèque et en Russie.

Les banques françaises sont donc clairement passées du rang d’entreprises domestiques à celui de groupes financiers internationaux, puisqu’elles réalisent désormais une part substantielle de leur chiffre d’affaires à l’étranger : l’activité internationale de BNP Paribas représente 55% de son chiffre d’affaires, 46 % pour la Société générale. Le Crédit agricole prévoit 40% en 2007.

Les profits s’envolent

En 2006, cette expansion internationale leur a permis d’accroître leur taille (+25% pour BNP Paribas) et de dégager des profits records, supérieurs encore à ceux enregistrés l’année précédente.
Le résultat net de BNP Paribas a atteint 7,3 milliards d’euros (pour un chiffre d’affaires de 27,7 milliards), alors que la Société Générale (5,2 milliards) et le Crédit agricole (4,9 milliards) n’ont pas été en reste.
Dans un marché domestique moyennement concentré, ces niveaux de rentabilité situent les établissements français à un niveau intermédiaire entre, d’une part, l’Italie et l’Allemagne, qui privilégient le financement de l’économie, et d’autre part l’Espagne et la Grande-Bretagne, qui au contraire misent sur une forte rentabilité pour asseoir leur place financière.

La volonté d’internationalisation des banques françaises et européennes est relativement récente. Les premières fusions-acquisitions de grande envergure n’ont eu lieu qu’à partir de la fin des années 90, et se sont notablement accélérées depuis 2004. L’année dernière a battu tous les records, avec plus de 200 milliards de dollars investis dans ces opérations.

Cette consolidation paneuropéenne, couplée à la montée en puissance asiatique, met à mal l’historique hégémonie américaine : la part des banques US dans la capitalisation boursière cumulée des vingt-cinq plus grands groupes a glissé de 50% à 38% entre 2001 et 2006. Dans le même temps, la part des banques de la zone euro est passée de 13% à 23%.

Johann Harscoët





L’irrésistible essor de l’e-money

26 04 2007

 Le développement des jeux en ligne, des univers virtuels et des systèmes de paiement électroniques façonne de nouveaux réseaux d’échanges financiers totalement dématérialisés. L’e-money a de beaux jours devant elle.

Dix ans après l’éclatement de la bulle technologique, l’e-commerce se porte mieux que jamais. En Suisse, il a presque doublé en seulement trois ans, en passant de 2,2 milliards à 4,24 milliards FS. Parallèlement, le web se structure très rapidement avec des moyens de paiements électroniques ne nécessitant plus de carte bancaire.

Les géants d’internet, Google et eBay, ne s’y trompent pas, en proposant aux acheteurs en ligne de régler leurs transactions via une plateforme de paiement simple, rapide et sécurisée. Le Checkout de Google (bientôt lancé en Europe) et surtout le Paypal d’eBay sont, de fait, de nouveaux acteurs bancaires. L’utilisation d’une carte bleue n’y est nécessaire que pour l’achat préalable de crédits. L’internaute dispose ensuite de la liberté d’acheter au gré de son surf, comme il le ferait avec du liquide dans un marché “réel”. Paypal compte déjà 144 millions d’utilisateurs dans une cinquantaine de pays, alors que le potentiel de Checkout est à la hauteur du succès du moteur de recherche Google. Ces systèmes de paiements favorisent le développement d’une nouvelle forme de monnaie : l’e-money.

Le succès foudroyant des jeux vidéos ou des paris en ligne, l’émergence des univers virtuels, ou encore l’essor du e-business, deviennent peu à peu le théâtre de ces nouveaux réseaux d’échanges financiers totalement dématérialisés, et indépendants de toutes formes de contrôle. Très profitable pour les petites entreprises, un peu moins pour les organismes de contrôle fiscaux (voir encadré).

“Une monnaie complémentaire par rapport aux monnaies existantes”

Les jeux en ligne, qui représentent un marché d’un milliard de dollars en occident, se situent au premier rang de cette économie parallèle.
Il y a d’abord le phénomène Second Life, ce jeu de rôles sur internet qui se veut une transposition de l’économie réelle dans un univers virtuel. 1,5 millions de dollars y transitent chaque jour sous la forme d’une devise échangeable : le linden dollar. 13 000 créateurs de contenus du monde entier y vendent leurs produits immatériels, certains parvenant même à s’enrichir, comme cette Allemande d’origine chinoise devenue millionnaire en quelques mois. Cinq cent mille Chinois en vivent, et les taux d’intérêt pratiqués par certaines banques virtuelles présentes dans le jeu laissent rêveur : 44% par an chez Ginko Financial par exemple.

Dans un genre différent, World of Warcraft attire huit millions de joueurs, dont une partie non négligeable gagne sa vie en vendant des pièces d’or virtuelles permettant de progresser dans le jeu. Ce marché pourtant interdit par les éditeurs génèrerait entre 250 et 280 millions de dollars par an selon les experts, notamment sur eBay.

Le marché des monnaies virtuelles progresse de 15 à 20% par an, et façonne progressivement un réseau financier “ouvert”, en opposition avec les traditionnels réseaux bancaires “fermés”. La différence ? La possibilité d’engranger et d’échanger des liquidités en toute sécurité, de façon instantanée, aux quatre coins du monde, et surtout sans intermédiation bancaire.

Jean-Michel Servet, économiste à l’IUED (Institut universitaire d’études du développement de Genève), limite l’importance de cette innovation. “Par définition, il n’existe aucune monnaie réelle : toute monnaie, même l’or, est bâtie sur un mécanisme de confiance. En ce sens, toute monnaie est virtuelle. La monnaie électronique repose sur un instrument contemporain, mais ses racines sont très anciennes. D’ailleurs, la monnaie a toujours circulé avec les techniques les plus récentes de communication. Voilà pourquoi je qualifierais plutôt cette monnaie électronique de monnaie complémentaire par rapport aux monnaies existantes. Il n’y a pas d’évolution fondamentale.”

Néanmoins, tout indique que la monnaie virtuelle fera partie du quotidien d’un grand nombre de consommateurs, notamment quand le paiement par téléphone portable sera généralisé.

Johann Harscoët

Un danger pour le système monétaire ?

L’émergence de nouveaux émetteurs de monnaie, dans cette économie parallèle existant sur le net, constitue un risque pour l’équilibre monétaire mondial.
De nombreux économistes se sont déjà penchés sur la question, notamment à la fin des années 90, avant l’éclatement de la bulle technologique.
Benjamin Friedman, économiste à Harvard, relevait trois menaces liées à ce phénomène nouveau : érosion de la demande de monnaie bancaire, prolifération de crédits octroyés par des “non banques”, et changements majeurs dans les mécanismes privés de compensation bancaire. Robert Guttmann, spécialite des monnaies à l’école française de la Régulation, prédisait de graves difficultés, comme un crash technologique provoquant un blocage des systèmes de paiements et une crise de liquidités. Les économistes Michel Aglietta et Laurence Scialom, estimaient un peu plus récemment que “les systèmes de paiements au détail, qui ne pouvaient pas créer de risque systémique dans les réseaux fermés des transferts de monnaie bancaire, le peuvent dans les réseaux ouverts. La concurrence des réseaux est la nouvelle forme de la concurrence des monnaies. Or la concurrence de réseaux est un processus hautement instable. Les banques ne sont plus maîtresses des règles de sécurité des paiements au détail. L’utilisation des réseaux électroniques ouverts les rend dépendantes de la compétence et de la prudence d’autres opérateurs.” Plus explicite encore, l’Américain Matt King va jusqu’à prédire la disparition des banques centrales.
Quant à Jean-Michel Servet (IUED Genève), il ne peut “pas imaginer que cette nouvelle forme de monnaie prenne une importance telle que les monnaies que nous connaissons aujourd’hui seraient marginalisées. L’e-money ne pourra être qu’un élément supplémentaire dans la spéculation généralisée, dont l’éclatement ne sera jamais lié de façon centrale aux monnaies virtuelles.”

Pékin et New York veillent

Le gouvernement chinois n’est jamais le dernier à limiter la liberté d’accès au net. Il n’a évidemment pas tardé à légiférer sur les monnaies virtuelles : depuis le début du mois de mars, toute conversion de monnaie virtuelle en yuans est interdire par la loi bancaire. Pékin craint que le développement exponentiel de l’e-money (notamment avec les QQ coins, des pièces de monnaie virtuelle que les Chinois se disputent dans les jeux en ligne de Tencent) n’ait un effet spéculatif dans la vraie économie.
Inquiétudes de nature différente aux Etats-Unis et au Canada, où les gouvernements commencent à mettre en place un arsenal de lutte contre la fraude fiscale. Depuis le printemps 2006, le fisc des Etats-Unis exige ainsi de Paypal, Google, MSN ou AOL, qu’ils lui fournissent le détail des transactions effectuées sur leurs sites pour idendifier les contribuables qui essaient de placer leurs revenus dans des paradis fiscaux.
Dans ces deux pays, la mise en place d’un impôt sur le revenu et de taxes appliqués aux transactions effectuées en ligne est à l’étude. Un vaste chantier…





“Les marchés remettent leurs compteurs à zéro”

14 03 2007

Nicolas Bouzou, économiste au cabinet d’études Asteres

Comment analysez-vous ces deux replis des places financières en quinze jours seulement ?
Le premier décrochage boursier résultait notamment des mesures fortes décidées par le gouvernement chinois pour faire avancer l’économie. La capitalisation boursière de Shanghaï a plus que doublé en 2006, et la volonté de Pékin de lutter contre les excès spéculatifs a logiquement provoqué ce reflux brutal. Cette chute de la bourse de Shanghaï n’était pas inquiétante en soi, moins en tout cas que la réaction des marchés boursiers, qui traduit une certaine nervosité liée au ralentissement économique des Etats-Unis.

Les mouvements de panique qui s’emparent des places financières ne dénotent-ils pas une certaine fragilité ?
Les marchés financiers sont toujours en surréaction. Ils ont des comportements mimétiques et on ne peut rien y changer. Un marché boursier, c’est instable par nature. Après une longue période d’augmentation, ils sont en train de remettre leurs compteurs à zéro et de réévaluer le risque d’une croissance mondiale qui sera moins forte que l’an dernier. Les marchés boursiers vont encore perdre du volume, à hauteur de 10%, mais cela ne devrait pas entraîner de récession économique. Trois événements simultanés expliquent la correction actuelle : la baisse des bénéfices des grandes entreprises, les propos excessifs d’Alan Greenspan (ancien président de la réserve fédérale américaine), qui a évoqué le risque d’une récession, et l’éclatement de la bulle immobilière américaine qui pourrait se répercuter sur le système bancaire. Ce dernier cas est le plus inquiétant, car l’économie mondiale dépend beaucoup des consommateurs américains.

Les marchés sont-ils à l’abri d’un krach, par exemple en cas de crise géopolitique ?
Il y a deux grands risques. D’abord celui du terrorisme : la croissance dépend beaucoup de la libre circulation des hommes et des marchandises. Ensuite, celui d’une épidémie : en Chine, par exemple, les grandes agglomérations ne sont pas préparées à une crise sanitaire de grande ampleur, qui forcerait les autorités à fermer les frontières.
Ces risques existent, mais les marchés ont bien géré l’après-11 septembre, tout comme ils l’avaient fait après le krach de 1987. La fed peut facilement atténuer les effets d’une dépression en baissant les taux d’intérêt. Je ne crois pas à une crise économique mondiale.

J.H.

REPERES

Trois crises majeures en vingt ans

Le “black monday” de 1987
En octobre 1987, le dollar est faible et l’économie américaine en pleine croissance. Un décalage surprenant entre le niveau élevé des taux d’intérêt et la valeur des actions prépare les conditions de la rupture. Le 19 octobre, l’annonce du creusement du déficit commercial américain et le relèvement des taux directeurs de la Bundesbank provoque l’agitation. A Wall Street, l’indice Dow Jones perd 22,6% de sa valeur et entraîne la majeure partie des places financières dans sa chute. La Fed réagit rapidement en injectant des liquidités, comme elle le refera en 2001

La crise asiatique de 1997
Au terme d’une longue période d’afflux de capitaux étrangers, les créanciers délaissent peu à peu la région.
Le 2 juillet 1997, la Thaïlande laisse flotter le baht, et entraîne dans sa chute l’Indonésie, les Philippines et la Malaisie, puis la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour. Un grand nombre de banques et d’entreprises locales, déjà endettées, deviennent insolvables. L’aide du FMI contribuera à redresser l’économie asiatique.

Le 11 septembre 2001
Seize mois après l’éclatement de la bulle internet, les Etats-Unis sont frappés au coeur par des attentats islamistes. La vigueur et la rapidité de la réaction de la Réserve fédérale américaine permet de limiter les conséquences de l’attaque terroriste, mais n’empêche pas la récession.





Nouveau trou d’air sur les places mondiales

14 03 2007

Deux semaines après le mini-krach de Shanghaï, les marchés boursiers ont enregistré mardi et mercredi une nouvelle chute de leurs cours, liée aux incertitudes planant sur l’économie américaine.

Mauvais temps sur les places financières. Après un léger rebond la semaine dernière, Wall Street a clôturé mardi en baisse de 1,97%, et entraîné dans son sillage la planète boursière : les places asiatiques ont chuté de 2 à 3%, l’indice Nikkei de Tokyo, deuxième place mondiale, perdant 2,92% ; Paris a clôturé sur une forte baisse de 2,52% ; l’indice Swiss Market Index (SMI) a lui aussi perdu 2,58%.

Les analystes financiers peinent à anticiper les prochaines évolutions des marchés boursiers et de l’économie mondiale. Le nouveau repli observé ces deux derniers jours, deux semaines seulement après le vent de panique qui s’était levé en Chine, accroît les incertitudes.

Le 27 février dernier, la “petite” bourse de Shanghaï (Chine), qui ne représente que 2% de la capitalisation mondiale, avait dévissé de 9%, entraînant avec elle l’ensemble des places financières. “Correction nécessaire”, estimaient les optimistes.
Cette fois, l’air froid est venu de Wall Street, alertée par la possibilité d’une grave crise immobilière et bancaire aux Etats-Unis. “Récession inévitable”, jugent les pessimistes.

Danger pour les banques américaines

La dégringolade de l’indice boursier de Shanghaï s’expliquait en partie par sa très forte progression en 2006 (+ 130%) et la bulle devait tôt ou tard se dégonfler. Cette fois, les inquiétudes sont clairement identifiées, et beaucoup plus significatives, car elles concernent directement les consommateurs américains.

Les conséquences du retournement du marché immobilier sont désormais manifestes : une étude de l’Association des banquiers hypothécaires américains a en effet révélé qu’au quatrième trimestre 2006, les non-remboursements de prêts hypothécaires à haut risque ont atteint leur plus haut niveau depuis quatre ans. 13,33% des ménages les plus fragiles qui ont souscrit à des prêts à risque aux taux nettement supérieurs à la moyenne n’ont pas respecté les échéances.
Une vingtaine d’organismes spécialisés dans ce type de prêts ont dû suspendre leur activité ou déposer leur bilan. La compagnie New Century, le numéro un américain des “subprime mortgages” a d’ailleurs été officiellement suspendue de la cote mardi par le New York Stock Exchange.
Les investisseurs craignent que cette crise atteigne les prêts conventionnels, affecte le système bancaire américain et, par effet de dominos, l’économie mondiale.

L’activité chinoise, qui dépend beaucoup de ses exportations vers les Etats-Unis, pourrait être considérablement freinée par une baisse de la consommation américaine, d’autant que les peurs des investisseurs entraînent une nette dépréciation du dollar et un renchérissement du yen sur le marché des changes

Quant à la zone euro, elle devrait prochainement affronter le contre-coup du ralentissement économique américain du dernier trimestre 2006. La Suisse, qui évolue en dehors de la zone euro, ne fait pas partie des pays les plus exposés.

Toutefois, les analystes demeurent confiants en la solidité de l’économie mondiale. Selon Jean-Philippe Cortis, économiste en chef de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), “on a quelque chose qui ressemble à un atterrissage en douceur de l’économie américaine, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas un jour un accident”.

La banque ING (Londres) estime quant à elle que “la croissance mondiale reviendra à un rythme dynamique au second semestre, sans pression inflationniste significative”. “Nous nous attendons à ce que l’économie américaine surmonte ses problèmes liés à l’immobilier, aidée par le fait que les bilans des entreprises sont dans un bien meilleur état qu’avant les précédents retournements”. ING ajoute cependant que “la chute pourrait continuer dans un futur proche.”

Johann Harscoët





L’e-tourisme monte en puissance

8 03 2007

L’e-tourisme monte en puissance

Les Européens ont de plus en plus recours à internet pour organiser leurs vacances. Le marché du tourisme en ligne explose, et mise sur une personnalisation poussée de l’offre et des services.

En 2006, les touristes n’ont jamais été aussi nombreux : 842 millions de personnes ont sillonné le monde en 2006, soit 4,5% de plus qu’en 2005. 2007 devrait battre un nouveau record.
Le développement du commerce en ligne accompagne l’explosion du tourisme.
En France, plus de trois internautes sur quatre (77%) ayant voyagé au cours de l’année 2006 ont pianoté sur leur clavier pour choisir, préparer ou acheter un voyage. En matière d’information, Internet dépasse ainsi l’avis de l’entourage, les guides touristiques et les brochures fournies par les professionnels. L’Europe dispose encore d’une certaine marge puisque l’e-tourisme est deux fois moins important qu’aux Etats-Unis, malgré une progression annuelle de 25%.

Entre les principaux acteurs du e-tourisme, parmi lesquels Expedia, Opodo, Lastminute, Voyages-SNCF ou Promovacances - la concurrence bat son plein, attisée par les moteurs de recherche et les comparateurs de prix, qui permettent aux internautes de trouver les meilleurs offres pour toutes les destinations en quelques clics.
En toute logique, les agences de voyages en ligne redoublent d’imagination pour offrir à leurs visiteurs virtuels - et acheteurs potentiels - une offre toujours plus variée et personnalisée. “Le futur appartient aux voyages 100 % personnalisés par les internautes”, prédit Frédéric Van Houtte, Président de la commission internet du SNAV (Syndicat national des agences de voyage). Les Européens optent encore majoritairement pour des séjours clé-en-main, à la différence des Américains, plus aventureux, qui préfèrent les packages dynamiques. Mais une lente évolution s’opère.

“Les agences traditionnelles doivent réinventer leur métier”

Pour les indécis, certains sites proposent, dès la connexion, de sélectionner leur future destination en fonction de leur humeur du moment : “Chaud”, “très chaud”, “neige”, “exotique”, “culturel”, etc…
Les maniaques ont désormais la possibilité de commander dès la réservation un coffre-fort électronique, de souscrire à des assurances, de programmer en détail les activités du séjour, de louer du matériel, d’acquérir des forfaits de remontées mécaniques ou d’avoir le frigo rempli dès leur arrivée…
Pour les impatients, les agences proposent également de plus en plus d’informations sur l’actualité locale, la météo, la géographie, avec des textes, des webcams, des photos et des vidéos… postés par les touristes qui se sont déjà rendus sur place.
Les anxieux, enfin, disposent de toutes les informations administratives nécessaires. Suite aux nombreuses polémiques liées au manque de transparence des tarifs, les agences de voyages ont également fait un effort de lisibilité.

Enfin, last but not least, la technologie des fils RSS (newsletters améliorées) permet aux acheteurs imminents de recevoir en temps réel les fameuses “dernières minutes” et de réaliser les meilleures affaires.

Le recours croissant des touristes à internet remet en question le rôle des agences traditionnelles, qui, en Amérique du Nord, seront reléguées au second plan en 2007. Les agences en ligne devraient atteindre 54% de parts de marché.

Selon Petra Friedmann, directrice du marketing d’Opodo en Europe, “les agences traditionnelles doivent réinventer leur métier et proposer une vraie valeur ajoutée. Des consolidations sont encore à venir, surtout en France, et un changement des métiers se profile.”

Pour le plus grand bonheur des voyageurs ?

Johann Harscoët

Sources : Journal du Net, Phocus Wright, TourMag, TNS Sofres, CRT





Wall Street vers un déclin ?

8 03 2007


New York, première place financière du monde, pourrait être dépassée par Londres ou Hong-kong dans les prochaines années.

La vague de froid qui a frappé le nord-est des Etats-Unis n’a pas gelé les ordinateurs de Wall Street. Le 15 février, le Dow Jones, qui regroupe les 30 valeurs vedettes de la Bourse, a ainsi atteint un record historique en séance, à 12 779 points. Loin, très loin des 7286 points enregistrés le 9 octobre 2002, après l’éclatement de la bulle internet et le cataclysme du 11 septembre 2001.
Depuis le mois d’août, les indices n’ont cessé de progresser, grâce notamment au contrôle des tensions inflationnistes et à la baisse des cours du baril de pétrole. La chute du dollar, celle de l’immobilier, ou encore des statitisques économiques décevantes, n’y ont rien changé.
La première place financière du monde confirme donc son leadership : les banques de Wall Street ont elles-mêmes atteint des profits records en 2006, alors que l’opérateur de la Bourse de New York, le Nyse Group, a racheté pour 10 milliards de dollars la bourse européenne Euronext (Paris, Bruxelles, Amsterdam Lisbonne), et mis le cap sur l’Inde et le Japon.

L’optimisme sur les marchés est cependant régulièrement réfréné par la publication de rapports alarmistes sur l’avenir de Wall Street, qui perdra sa suprématie dans les dix ans si rien n’est fait pour restaurer sa compétitivité.
Une récente étude du cabinet McKinsey, commandée par le maire de New York Michael Bloomberg, a pointé les failles du système américain et anticipé ses conséquences prévisibles.

Londres gagne du terrain

Dès 2011, les Etats-Unis pourrait ainsi perdre entre 15 et 30 milliards de dollars par an de revenus issus des services financiers. New York verrait sa part de marché des échances d’actions diminuer de 4 à 7%, et disparaître 30 000 à 60 000 emplois dans ce secteur. Ces derniers ont déjà baissé de 0,7% entre 2002 et 2005 (à 328 000), alors que Londres enregistrait dans le même temps une progression de 4,9% de postes (318 000).

Le rattrapage naturel des places étrangères n’est pas seul en cause. Le durcissement (depuis les attentats du 11 septembre) des conditions de délivrance des visas aux cadres étrangers, y compris les plus qualifiés, prive les Etats-Unis des meilleurs cerveaux.
Mais c’est surtout le disposifif réglementaire de la loi Sarbanes-Oxley, qui suscite les critiques les plus virulentes. Votée après les scandales financiers du début de la décennie (Enron et WorldCom notamment), cette loi vieille de cinq ans a durci les conditions de contrôle et de transparence des entreprises cotées en bourse, et a encouragé de nombreuses sociétés non américaines à lever des fonds ailleurs qu’aux Etats-Unis ou à céder aux sirènes des fonds d’investissements afin de se soustraire aux contraintes de gestion de plus en plus lourdes pesant sur les entreprises cotées. Le géant industriel Ford pourrait d’ailleurs s’allier à des fonds dans les prochains mois pour retrouver une plus grande marge de manoeuvre.

Les profits des entreprises américaines viennent de plus en plus de l’étranger, et ce sont d’ailleurs les places de Londres et de Hongkong qui ont accueilli les plus importantes introductions en 2006.

Ce n’est donc pas un hasard si les records de la semaine dernière ont été accompagnés d’une grande nervosité sur les marchés. Pour l’instant, 2007 est perçue par les analystes comme l’année des incertitudes.

Johann Harscoët